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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302708

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302708

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 27 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Della Monaca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, subsidiairement, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en cours de validité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Della Monaca en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une erreur de droit dès lors que la demande d'asile présentée pour sa fille mineure née postérieurement à l'introduction de sa demande d'asile n'a pas été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ni par la Cour nationale du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions portant refus d'admission exceptionnelle au séjour et refus de délivrance d'un titre de séjour mention vie privée et familiale méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est également par conséquent et devra être annulée par voie d'exception d'illégalité ;

- la décision portant fixation du pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 33 de la convention de Genève.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Della Monaca, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante gambienne née le 24 avril 1987, a fait l'objet d'un arrêté en date du 24 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté litigieux :

4. L'arrêté attaqué, en date du 24 mai 2023, a été signé par Mme C D, cheffe du bureau des examens spécialisés. Par arrêté n°2023-368 du 22 mai 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n°115-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour en qualité de protégé international :

5. D'une part, la circonstance que la demande d'asile de la fille mineure de la requérante soit en cours d'examen est sans incidence sur le droit de ce dernier à bénéficier de la qualité de protégé international. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour est illégale dès lors que la requérante bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire doit être écarté.

6. D'autre part, la décision contestée n'a pas pour effet d'éloigner la requérante vers son pays d'origine et donc de la séparer de sa fille dont la demande d'asile est en cours d'examen. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision litigieuse doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour et refus de séjour au titre de la vie privée et familiale :

8. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a considéré la situation de Mme A sous l'angle des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et estimé que l'intéressée ne pouvait être admise à séjourner en France sur l'un ou l'autre de ces fondements.

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Si Mme A, qui est arrivée en France en 2019 pour y demander l'asile, se prévaut de son intégration en France, elle ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle particulière. S'il ressort des pièces du dossier que son époux, un compatriote également arrivé en France en 2019 afin d'y solliciter l'asile se trouvant aussi en situation irrégulière, travaille en qualité de plongeur depuis deux ans à la date de la décision attaquée, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une intégration socio-professionnelle particulière de ce dernier au sein de la société française. Par ailleurs, la seule circonstance que leurs deux enfants, âgés de un et quatre ans à la date de la décision attaquée, soient nés en France et que l'aîné y soit scolarisé est insuffisante pour lui ouvrir droit au séjour. Enfin, la requérante ne produit aucun élément de nature à justifier d'une intégration familiale ou sociale particulière au sein de la société française. Ainsi, eu égard à la durée et de ses conditions de séjour en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

12. Les circonstances dont se prévaut Mme A, à savoir la durée de son séjour en France, où elle séjourne avec son époux et leurs enfants nés en France, et l'exercice d'une activité professionnelle par son époux en qualité de plongeur depuis deux ans à la date de la décision attaquée, ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

14. En quatrième et dernier lieu, la décision contestée portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas pour effet d'éloigner la requérante vers son pays d'origine et donc de la séparer de ses enfants. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour en application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que la petite fille mineure de la requérante, qui est titulaire d'une attestation de demande de d'asile en cours de validité, a régulièrement saisi l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides d'une demande de protection internationale eu égard aux risques d'excision en cas de retour dans son pays, demande enregistrée pour la première fois le 23 mars 2022. Il n'est en outre pas contesté que sa demande n'a pas encore été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ni par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, en obligeant la requérante à quitter le territoire alors que la demande de sa fille est toujours pendante, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions susvisées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et a commis une erreur manifeste en appréciant les conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et celle de sa fille. Mme A est donc fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ainsi que, par voie de conséquence, de celle fixant le pays de destination, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés au soutien des conclusions dirigées contre ces décisions.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

20. Le présent jugement implique seulement, eu égard à son motif d'annulation, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme A, durant le réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas l'obligation de l'assortir d'une autorisation de travail, alors que la requérante n'entre pas davantage dans les cas prévus à l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

21. Mme A a été provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Della Monaca, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Della Monaca d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme lui sera versée personnellement.

D E C I D E :

Article 1 : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 24 mai 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire et fixe le pays à destination duquel Mme A est susceptible d'être reconduite.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à Me Della Monaca en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, et sous réserve que Me Della Monaca renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à Mme A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, à Me Della Monaca et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. KOLFLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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