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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302781

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302781

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GUILBERT
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2023 et le 27 juillet 2023, M. D A, représenté par Me Almairac, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer le dossier contenant les pièces sur lesquelles il fonde sa décision ;

3°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai à destination de son pays d'origine ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission inscrit au système d'information Schengen ;

5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6 °) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une défaut d'examen sérieux ;

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, les articles L. 412-5 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux étrangers présentant une menace à l'ordre public ne lui étant pas applicables ;

- elle méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est sur le point de déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour qu'elle assortit ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle emporte pour sa situation des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle n'est ni justifiée ni proportionnée dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que cette décision emporte des conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 13 juillet 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert, magistrate désignée,

- et les observations de Me Almairac, représentant M. A, qui soutient que l'interdiction de retour prescrite à son encontre est disproportionnée dès lors que la plainte dont il a fait l'objet a été classée sans suite, de sorte qu'il ne peut être regardé comme défavorablement connu des services de police ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, déclare être entré sur le territoire français à la fin de l'année 2020. Il a déposé une demande d'asile, définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 2 novembre 2022. Par un arrêté du 20 mars 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai à destination de son pays d'origine ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En l'espèce, par une décision du 13 juillet 2023, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de communication du dossier :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. M. A demande au tribunal d'ordonner la communication, par le préfet des Alpes-Maritimes, du dossier sur lequel il s'est fondé pour édicter la décision en litige. Toutefois, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E H, cheffe du bureau des examens spécialisés, laquelle bénéficie d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), en vertu d'un arrêté n°2023-297 du 25 avril 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n°95-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties. En outre, par ce même arrêté, Mme H a reçu délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G K, de Mme B I, de Mme F L et de M. C J ou lors des permanences organisées le week-end et les jours fériés, pour signer les mesures d'éloignement ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement. L'absence ou l'empêchement d'un fonctionnaire, qui peut être momentané ou résulter de l'organisation temporaire de la charge de travail entre un responsable et ses collaborateurs, n'a pas à être justifié par l'administration, hors le cas d'allégations factuelles précises du requérant, qui font défaut en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, cet arrêté reprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, à savoir, notamment que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet définitif, qu'informé de la possibilité de déposer une demande d'admission au séjour sur un autre fondement, il n'en a rien fait, qu'il ne justifie d'aucune attache intense, ancienne et stable en France, qu'il ne justifie d'aucun motif d'admission exceptionnelle au séjour, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence, son comportement représentant une menace pour l'ordre public, qu'il ne présente pas des garanties de représentation suffisantes, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Le moyen tiré du défaut de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, quand-bien même le requérant conteste l'appréciation portée par le préfet sur son comportement au regard de l'ordre public, qu'il soit entaché d'un défaut d'examen.

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, si M. A soutient que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit, le préfet ayant visé les articles L. 412-5 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux étrangers présentant une menace à l'ordre public, qui ne lui sont pas applicables, la divergence d'interprétation invoquée, qui relève de l'appréciation de sa situation personnelle, ne constitue pas une erreur de droit.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Il ressort des écritures du requérant lui-même qu'à la date de la décision en litige, sa demande initiale avait fait l'objet d'un rejet définitif et il envisageait, sans à ce stade l'avoir fait, ni même en avoir informé le préfet, de déposer une demande de réexamen. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige méconnaissent les dispositions de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Enfin, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.

12. En soutenant que dans le cadre d'un conflit familial survenu dans son pays, il aurait été agressé et sa fille menacée, et alors que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet définitif, il n'apporte pas les éléments suffisants pour faire regarder les menaces alléguées comme établies. Partant, le moyen tiré de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En quatrième lieu, pour les motifs qui précèdent, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

14. En cinquième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prescrite à son encontre est illégale par exception de l'illégalité du refus de séjour qu'elle assortit.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a remplacé l'article L.513-2 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 10, M. A n'apporte pas au présent recours les éléments nécessaires pour faire regarder les menaces alléguées comme établies. Par ailleurs, sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet définitif. Dès lors, la décision par laquelle le préfet a fixé son pays de destination ne méconnaît ni l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Pour les motifs précédemment évoqués, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

18. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

19. En l'espèce, il ressort des termes de la décision en litige, non contredits par le requérant sur ce point, qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes, ne disposant pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par ailleurs, M. A ne justifie ni de l'ancienneté de son séjour ni de l'existence de lien anciens, stables et intenses en France. Les éléments produits par le requérant ne permettant pas de tenir pour établies les menaces alléguées, il ne justifie pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. En outre, compte-tenu de ce qui précède, cette décision n'apparait pas disproportionnée et quand-bien même M. A soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente en se fondant sur le seul examen de ses garanties de représentation, ses liens avec la France et des menaces alléguées.

20. Compte-tenu de ce qui est dit plus haut, il n'est en outre pas fondé à se prévaloir de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet à l'encontre de la décision par laquelle le préfet lui a interdit un retour en France pour une durée de deux ans.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé

L. GuilbertLe greffier,

Signé

A. Stassi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation, le Greffier,

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