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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302931

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302931

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme LEGUENNEC
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 17 juin, 21 juin et 22 juin 2023, M. B C, représenté par Me Della Monaca, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, que son dossier soit mis à la disposition par la préfecture des Alpes-Maritimes ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction du territoire français de cinq ans prononcée à son encontre par un arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 7 décembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL-Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Guennec, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2023 :

- le rapport de Mme Le Guennec, magistrate désignée,

- et les observations de Me Della Monaca substituant Me Oloumi, représentant M. C, assisté de Mme D interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que l'invitation à présenter ses observations le 26 mai 2023 n'était pas régulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète, que les conditions de notification de l'arrêté litigieux sont également irrégulières dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète, que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne, sans le justifier, qu'il fait l'objet d'une décision d'éloignement et d'un signalement dans le système d'information Schengen en Autriche et enfin, qu'il incombe au préfet des Alpes-Maritimes de démontrer que l'intéressé pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 24 novembre 1987, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée par un arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 7 décembre 2022 pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction du territoire français.

Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de l'entier dossier de M. C :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions fixant le pays de renvoi, y compris celles en exécution d'une interdiction du territoire national prononcée par l'autorité judiciaire. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté fait, par ailleurs, mention de la nationalité du requérant et de la peine d'interdiction temporaire du territoire français prononcée à son encontre. Il est précisé que l'intéressé n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cette décision en droit comme en fait. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, il ressort du formulaire d'observations en date du 26 mai 2023, que M. C a été invité à présenter ses observations sur la décision de fixation du pays de destination en exécution de l'interdiction judiciaire de territoire prise à son encontre. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été assisté d'un interprète, il ressort des mentions de ce formulaire d'observations qu'il maitrise la langue française et qu'il a fait valoir, en français, qu'il a un appartement sur Menton et qu'il est père de deux enfants qui résident avec son ex-épouse en Allemagne. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire serait irrégulière en l'absence d'interprète doit être écarté. D'autre part, les conditions de notification de l'arrêté litigieux sont sans incidence sur sa légalité. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été notifié dans des conditions irrégulières dès lors que M. C n'aurait pas bénéficié de l'assistance d'un interprète doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions de () l'article L. 513-2, du premier alinéa de l'article L. 513-3 et des articles L. 513-5 et L. 561-1 sont applicables à la reconduite à la frontière des étrangers faisant l'objet d'une interdiction du territoire, prévue au deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal : " () / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En l'espèce, si le requérant soutient encourir des risques dans son pays d'origine dès lors que le traitement qu'il suit, lié à son état psychiatrique et psychologique, n'est pas disponible en Algérie, il fournit aucun commencement de preuve au soutien de telles allégations. Par ailleurs, il ressort du formulaire d'observations en date du 26 mai 2023 que l'intéressé n'a formulé aucune observation relative à un éventuel état de vulnérabilité. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité dès lors qu'il appartenait à l'Etat de vérifier la disponibilité du traitement dans son pays d'origine et de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être écartés. De plus, les moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un retour dans son pays d'origine serait de nature à l'exposer à des traitements inhumains et dégradants en l'absence de disponibilité d'un traitement approprié, doivent être écartés pour les mêmes motifs.

11. En sixième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne qu'il fait l'objet d'une décision d'éloignement et d'un signalement dans le système d'information Schengen en Autriche, une telle erreur, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il aurait demandé à être renvoyé en Autriche. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. C résultent, non pas de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il a été l'objet. Par suite et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue avoir été relevé de la peine complémentaire ainsi prononcée à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 17 juin 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lue en audience publique le 22 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

B. LE GUENNECLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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