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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303156

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303156

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. B C, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Le requérant soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi, pour complément d'information, les services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents, ainsi que le procureur de la République aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires donnés aux mentions figurant dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, conformément à l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, conseiller, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juin 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- les observations de Me Lestrade, pour M. C, qui reprend les faits, conclusions et moyens développés dans la requête et qui soulève le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées dès lors que M. C n'est pas de nationalité capverdienne mais portugaise ;

- et les réponses de M. C aux questions du magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant capverdien né le 6 octobre 1970, a fait l'objet d'un arrêté en date du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2023-368 du 22 mai 2023, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 115-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, le requérant, qui ne produit ni passeport, ni carte nationale d'identité, n'établit pas qu'il ne serait pas de nationalité capverdienne et, en conséquence, que les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que les autres dispositions de ce code relatives aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne ne lui sont pas applicables.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

6. M. C soutient que, pour retenir que son comportement constitue une menace à l'ordre public et prononcer à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet s'est notamment fondé sur la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale par des personnels individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. Si les faits délictueux pour lesquels l'intéressé est défavorablement connu des services de police ont été portés à la connaissance du préfet par la consultation de ce fichier, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que celle-ci est également fondée sur la condamnation à une peine d'emprisonnement de six mois prononcée à l'encontre de l'intéressé le 17 novembre 2020, mentionnée sur sa fiche pénale, pour des faits de " non-respect d'obligation ou d'interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé ". En tout état de cause, l'appréciation selon laquelle le comportement de M. C constituerait une menace pour l'ordre public ne constitue que l'un des motifs de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En effet, pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les 1° et 5° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or le requérant ne conteste pas le motif tiré du 1° de ce même article et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant seulement sur ce dernier motif. Dans ces conditions, le vice de procédure allégué, à le supposer avéré, n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision et n'a pas davantage privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il est entré en France en 1990 à l'âge de vingt ans, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir l'ancienneté et la continuité de sa présence sur le territoire français depuis trente-deux ans. En outre, si l'intéressé allègue que l'ensemble de ses attaches familiales sont en France et qu'il est le père de deux enfants majeurs de nationalité française nés le 30 mai 1999, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer la présence de membres de sa famille en France et il ne justifie pas davantage de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces derniers. Par ailleurs, l'intéressé ne démontre pas bénéficier d'une insertion sociale ou professionnelle significative en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il est défavorablement connu des services de police. Par suite, après avoir constaté, d'une part, que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et, d'autre part, que l'intéressé " ne peut se réclamer avoir constitué une cellule familiale stable sur le territoire ", le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième et dernier lieu, si M. C ne peut justifier de la réalité et de l'intensité des relations qu'il entretient avec les membres de sa famille présents sur le territoire français, il a fait état lors de l'audience publique de son attachement à ses enfants, qui sont de nationalité française, et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Ces circonstances doivent être regardées comme des circonstances humanitaires de nature à permettre un retour, de façon régulière, de M. C sur le territoire français, sans que celui-ci soit retardé par l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par le préfet des Alpes-Maritimes pour une durée de trois ans. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'interdiction de retour contestée a été prise. Par conséquent, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. C est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, soit la durée maximale prévue par les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement n'implique pas que le préfet des Alpes-Maritimes réexamine la situation de M. C ou lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Par conséquent, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 27 juin 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, sans que M. C soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français sans délai.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république près du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 30 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

N. BEYLSLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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