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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303229

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303229

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 11 août 2023, M. C B, représenté par Me Petit, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 août 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Soler,

- et les observations de Me Petit, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité russe, né en 1986, a présenté une demande d'asile qui a fait l'objet d'une clôture d'examen par une décision du 25 avril 2023 de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). M. B a fait l'objet d'un arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. B et notamment que celui-ci a déposé une première demande d'asile clôturée par une décision de l'Ofpra du 25 avril 2023 et qu'il est célibataire et est entré récemment en France et ne peut dès lors se prévaloir de liens personnels et familiaux qui soient à la fois intenses, anciens et stables. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France sous couvert d'un visa C et non de manière irrégulière comme le mentionne le préfet, cette erreur de fait n'est pas susceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué. D'autre part, si le préfet a mentionné que l'intéressé n'avait pas formé de recours devant la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) à l'encontre de la décision de clôture d'examen de l'Ofpra du 25 avril 2023 alors même que cette décision est insusceptible de recours devant la Cnda, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant. Enfin, la circonstance que l'intéressé n'aurait pas été en mesure de présenter à l'Ofpra et à la Cnda les craintes auxquelles il s'expose en cas de retour dans son pays d'origine n'est pas davantage de nature à caractériser un défaut d'examen sérieux de sa situation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision de clôture d'examen d'une demande dans les cas suivants : / 1° Le demandeur, sans motif légitime, a introduit sa demande à l'office en ne respectant pas les délais prévus par décret en Conseil d'Etat et courant à compter de la remise de son attestation de demande d'asile ou ne s'est pas présenté à l'entretien à l'office ; / () " et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'Ofpra a pris, en date du 25 avril 2023, une décision de clôture d'examen de la demande d'asile présentée par M. B. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige il avait obtenu la réouverture de son dossier au sens des dispositions de l'article L. 531-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, M. B ne bénéficiait plus, à la date de l'arrêté attaqué, du droit de se maintenir sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".

8. En l'espèce, pour désigner le pays à destination duquel M. B doit être reconduit d'office, le préfet des Alpes-Maritimes a précisé que l'analyse des risques encourus par l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine n'a pas fait apparaître que les risques mentionnés par les stipulations citées au point précédent seraient avérés, de sorte que celles-ci ne sont pas méconnues. La légalité de cette décision doit être appréciée au regard des risques encourus par l'étranger dans ce pays. Si M. B soutient qu'il a subi des persécutions dans son pays d'origine du fait de ses opinions politiques d'opposition, il n'apporte aucune précision et aucun élément de nature à démontrer qu'il ferait personnellement et actuellement l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. En désignant la Russie comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B soutient qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France au mois de janvier 2023 et qu'il est célibataire et sans enfants. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les liens personnels ou professionnels du requérant rendraient impossible un retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 mai 2023 présentées par M. B doivent être rejetées. Par suite, les conclusions au titre des frais liés au litige présentées par M. B doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau de l'aide juridictionnel près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

N. SOLERLa greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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