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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303327

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303327

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BELGUECHE
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023 au tribunal administratif de Toulouse sous le n° 2303831 et transmise par ordonnance au tribunal administratif de Nice qui a été enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n°2303831, Mme B C, représentée par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes :

- à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision d'interdiction de retour sur le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour :

2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont il est fait application et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire ainsi que pour arrêter, tant dans son principe que dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, ces décisions comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante dont il pouvait avoir connaissance, a suffisamment motivé les décisions dont il s'agit. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme C.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme C, soutient qu'elle vit en France depuis cinq ans avec ses enfants qui y sont scolarisés et qu'elle aide au quotidien et prend soin de la santé fragile d'une personne, dénommée M. A avec qui elle indique entretenir des liens forts, au demeurant non précisés. Cependant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait transféré durablement en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme C, qui n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, de sorte que ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Mme C se borne à soutenir que " la mesure d'éloignement méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants qui ont vocation à vivre avec ses parents et d'avoir la chance de vivre ensemble sur le territoire national " sans préciser en quoi la décision en litige l'obligeant à quitter le territoire méconnaitrait les stipulations énoncées au point précédent. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. En tout état de cause la décision en litige n'ayant pas pour base légale un quelconque refus de séjour, l'intéressée ne saurait utilement exciper de l'illégalité d'une telle décision.

9. En second lieu, Mme C ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à établir l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ainsi qu'elle le soutient.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il ressort des termes de la décision fixant le pays de renvoi, que si celle-ci est motivée en droit, par l'indication des textes applicables, elle ne l'est pas en fait. Dans ces conditions la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est insuffisamment motivée. Elle doit, par suite, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen soulevé à son encontre.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour.

12. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision d'interdiction de retour n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Mme C, qui se prévaut de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'interdiction de retour est décidée en tenant compte des raisons humanitaires mais aussi de la durée de présence de l'étranger sur le territoire, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, doit être regardée comme ayant entendu se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du même code citées au point précédent.

15. En l'espèce, Mme C ne justifie d'aucune considération humanitaire qui pourrait faire obstacle à l'interdiction de retour de trois ans sur le territoire français prononcée à son encontre. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, elle n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de territoire litigieuse est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.

16. Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. L'annulation de la décision fixant le pays de renvoi n'implique pas de mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais du litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 juillet 2023 fixant le pays de renvoi de Mme C est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. BELGUECHE

Le greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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