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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303553

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303553

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303553
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Aline Almairac, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer un hébergement d'urgence adapté à la composition de sa famille, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme B soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- la condition d'urgence est en l'espèce remplie, dès lors qu'elle se trouve désormais contrainte de vivre dans la rue avec son conjoint et leur trois enfants âgés respectivement de sept ans, quatre ans et six mois, dans des conditions de salubrité et de sécurité dramatiques ; elle a sollicité à de nombreuses reprises, mais en vain, le renouvellement de son hébergement auprès du 115, par appels téléphoniques et courriers électroniques ; cette situation de précarité extrême est constitutive d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;

S'agissant de l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

- il est porté, en l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que sa famille et elle se trouvent dans une situation de détresse sociale, sans ressources ni hébergement ; sa situation relève de circonstances exceptionnelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- Mme B n'a produit aucun document permettant de démontrer une vulnérabilité quelconque ; ce faisant, l'urgence n'est nullement établie.

S'agissant de l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

- les faits de l'espèce ne font pas ressortir une atteinte grave et manifestement illégale par la préfecture des Alpes-Maritimes au droit d'hébergement de l'intéressée qui n'a pas vocation à durer éperdument.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Emmanuelli pour statuer sur les demandes de référés.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 à 9 H 00, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées :

- le rapport de M. Emmanuelli, juge des référés ;

- et les observations de Me Almairac, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Madame C B, ressortissante ivoirienne née le 22 décembre 1986 à Daloa (Côte d'Ivoire), est entrée en France pour y déposer une demande d'asile. Par décision du 17 juin 2022, le statut de réfugié a été octroyé à sa fille C D A. Les parents de l'enfant, tous deux titulaires d'une carte de résident, ont alors pu bénéficier d'une prise en charge d'urgence avec leurs enfants. Une fin de prise en charge leur a été notifiée à compter du 14 juillet 2023. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer un hébergement d'urgence adapté à la composition de sa famille dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Si le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que Mme B a bénéficié du dispositif hôtelier au titre de l'hébergement d'urgence, il résulte de l'instruction que depuis le 14 juillet 2023, date de la fin effective de sa prise en charge, l'intéressée est contrainte de vivre dans la rue, avec ses trois enfants. Elle ne dispose d'aucune ressource pour financer son propre logement, alors que son plus jeune enfant est âgée de six mois. Dans ces conditions, eu égard à la situation de grande précarité dans laquelle se trouve la requérante, à sa vulnérabilité, et au fait que le département des Alpes-Maritimes est placé depuis le 9 juillet 2023 en vigilance orange pour canicule, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

6. Il résulte de ces dispositions que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, a le droit d'accéder à une structure d'hébergement d'urgence et de s'y maintenir, dès lors qu'elle en manifeste le souhait et que son comportement ne rend pas impossible sa prise en charge ou son maintien dans une telle structure. Le représentant de l'Etat ne peut mettre fin contre son gré à l'hébergement d'urgence d'une personne qui en bénéficie que pour l'orienter vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation, ou si elle ne remplit plus les conditions précitées pour en bénéficier.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que, Mme B est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 20 mars 2023. Dans ces conditions, la requérante bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire et a vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence.

8. D'autre part, si le préfet fait état dans son mémoire en défense de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans le département des Alpes-Maritimes en dépit de la mise à disposition de places supplémentaires et du manque de volonté de s'insérer de la requérante, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, eu égard notamment au très jeune âge d'un des enfants de Mme B, l'absence de prise en charge par l'Etat de cette dernière et de sa famille, dont la situation particulière la place sans doute possible parmi les familles les plus vulnérables, constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, dès lors, une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge Mme B et sa famille dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Son conseil peut, dès lors, se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que Me Almairac, avocate de la requérante, a renoncé par avance à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Almairac de la somme de 900 euros.

ORDONNE :

Article 1erer : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge Mme B et sa famille dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Me Almairac ayant renoncé par avance à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Almairac une somme de 900 (neuf cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Almairac et au ministre des solidarités et des familles.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Nice.

Fait à Nice le 21 juillet 2023.

Le juge des référés

Signé

O. EMMANUELLI

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

23003553

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