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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303612

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303612

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2023, M. A D, retenu au centre de rétention administrative de Nice et représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence, en l'absence de délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle est en partie fondée sur le traitement d'antécédents judiciaires sans vérification de la suite judiciaire donnée à ces mises en cause ;

- il doit se voir délivrer une attestation de séjour en vertu de la convention de Genève ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dans sa durée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par le Selarl Serfaty Venutti Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Lestrade, représentant M. D, assisté de M. E, interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soulève en outre un nouveau moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que la mesure d'éloignement est fondée sur une audition ancienne par les services de police, tandis qu'il a été condamné pour des faits plus récents ; il fait en outre valoir que M. D n'avait pas, jusqu'à l'édiction de cette mesure, informé les autorités administratives de l'existence de son concubinage, craignant de causer du tort à sa compagne.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant géorgien né le 15 septembre 1983, a fait l'objet d'un arrêté en date du 23 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions litigieuses :

2. En premier lieu, M. B C, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour au sein de la préfecture des Alpes-Maritimes, disposait d'une délégation accordée par le préfet des Alpes-Maritimes par un arrêté du 22 mai 2023, publié aux recueil des actes administratifs spécial n° 115-2023 du même jour, l'habilitant à signer, notamment, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que le préfet soit tenu de faire état de tous les éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé. Il vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise notamment que la demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire. L'arrêté litigieux vise également les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ainsi que les motifs de fait en vertu desquels le préfet des Alpes-Maritimes a estimé qu'il y avait un risque que le requérant se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement et justifiant du délai fixé concernant l'interdiction de retour sur le territoire français. Cet arrêté, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et indique, enfin, que le requérant est ressortissant géorgien et qu'il n'établit pas les risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, comporte donc avec une précision suffisante les motifs de droit et de fait retenus par le préfet des Alpes-Maritimes, mettant à même l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, si M. D fait valoir qu'il " doit lui être délivré l'attestation de séjour ", ce moyen doit être écarté comme n'étant pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

6. Si M. D soutient que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, pour prendre la décision litigieuse, sur la consultation du fichier des antécédents judiciaires, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il ressort toutefois des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé, pour obliger M. D à quitter le territoire français, sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile du requérant ayant été définitivement refusée. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que les considérations d'ordre public ont fondé la décision portant interdiction de retour sur le territoire, le requérant ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, du vice de procédure allégué.

7. En deuxième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts.

9. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

10. Si M. D soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu que lui reconnaît le droit de l'Union européenne, il ne se prévaut, en se bornant à faire valoir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait fondé sa décision portant obligation de quitter le territoire sur une audition ancienne par les services de police alors qu'il a été condamné pour des faits plus récents, d'aucun élément pertinent qu'il aurait été privé de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Ce moyen doit dès lors être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

12. Si M. D se prévaut de son concubinage avec une ressortissante géorgienne titulaire d'une carte de séjour, avec qu'il vivrait à Nice, le peu d'éléments qu'il produit au soutien de ses allégations, à savoir une attestation de cette dernière, assortie d'une copie de son titre de séjour et d'un justificatif d'abonnement d'un fournisseur d'énergie attestant de son adresse, ne permettent pas d'établir la réalité ni l'ancienneté de leur vie commune. Dans ces conditions, M. D, qui ne se prévaut d'aucune autre intégration particulière au sein de la société française, n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

13. Si M. D fait valoir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est disproportionnée dans sa durée, il ressort des pièces du dossier, ainsi que cela a été dit au point 12 du présent jugement, que l'intéressé n'établit aucune intégration particulière en France, ni la réalité de la relation de concubinage qu'il entretiendrait avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".

15. Si M. D fait valoir qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit son affirmation d'aucune allégation circonstanciée ni d'aucun élément probant. Son moyen doit dès lors être écarté comme n'étant pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 24 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. KOLFLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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