vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme Chevalier |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 et 26 juillet 2023, M. E B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Zouatcham demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la mesure attaquée ;
- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la mesure attaquée ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est disproportionnée et porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement et le préfet n'établit pas qu'il existe une perspective raisonnable pour son éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la selarl Serfaty, Venutti, Camacho, Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juillet 2023 à 14 heures 30 :
- le rapport de Mme Chevalier, magistrate désignée,
- et les observations de Me Bakary substituant Me Zouatcham, représentant M. B, assisté de Mme A interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui ajoute que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né le 21 février 1997, a fait l'objet d'un arrêté du 23 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 23 juillet 2023 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. D C. Par un arrêté n°2023-368 du 22 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°115-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet les mesures d'éloignement, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi, pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ainsi que pour l'assigner à résidence. Il indique ainsi notamment que s'il déclare avoir un enfant sur le territoire et un autre à naître et être en concubinage, sa compagne est également en situation irrégulière, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables, que sa demande d'asile a été successivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA, que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cette décision en droit comme en fait au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, au regard de ce qui a été exposé au point 5, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit être écarté comme manquant en fait.
7. En quatrième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
8. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts.
9. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
10. Si M. B soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu que lui reconnaît le droit de l'Union européenne, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été privé de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de l'arrêté en litige et notamment la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle portant interdiction de retour sur le territoire. Le moyen ainsi soulevé doit donc être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
12. Si M. B soutient résider en France depuis son entrée sur le territoire en 2017, les pièces produites au soutien de ses allégations ne sont pas de nature à en justifier. En outre, s'il soutient être en concubinage avec une compatriote avec laquelle il a eu un enfant né le 2 avril 2021, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir la réalité de leur vie commune et il est constant que cette dernière se trouve également en situation irrégulière sur le territoire. En outre, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a eu avec cette femme un enfant né le 2 avril 2021, les pièces produites, alors que l'enfant n'est âgé que de deux ans et que la scolarisation n'est à cet âge pas obligatoire, ne permettent pas d'établir qu'il suit une scolarité en France. De la même façon, s'il soutient que sa femme va donner naissance prochainement à leur second enfant, il n'en justifie pas. Enfin, les circonstances qu'il déclare ses revenus en France depuis l'année 2019 et qu'il justifie travailler en contrat à durée déterminée depuis le 1er juin 2022, son contrat expirant le 31 août 2023, soit depuis une année à la date de la décision attaquée et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, ne suffisent pas, à elles seules, en l'absence de justification d'une intégration sociale ou amicale particulière, à démontrer la fixation en France de ses intérêts personnels. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Au regard, d'une part, de ce qui a été exposé au point 12, et, d'autre part, de ce que le requérant n'établit pas, par les pièces versées au débat, que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer dans son pays d'origine, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, en méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. En septième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11, reprises à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de l'arrêté support de la décision portant obligation de quitter le territoire français, lequel ne rejette pas une demande de titre présentée sur ce fondement mais se borne à prononcer une obligation de quitter le territoire français.
16. En huitième lieu, M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué qu'il se maintient de manière irrégulière sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire et qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se serait fondé sur ces éléments pour prendre l'arrêté contesté. En outre, la circonstance que M. B ait déposé une demande d'asile n'est pas remise en cause par le préfet. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
17. En neuvième lieu, si M. B soutient que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.
18. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
19. Si M. B soutient qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine en raison des menaces qui pèsent à son encontre, il n'assortit ce moyen d'aucune précision ni d'éléments de preuve de nature à en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par conséquent, être écarté.
20. En onzième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale doit être écarté.
21. En douzième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions du premier alinéa de l'ancien III de l'article L. 511-1 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-9 de ce code qui reprend les dispositions du troisième alinéa de l'ancien III de l'article L. 511-1 de ce code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti. ".
22. Si le requérant se prévaut de ces dispositions, il ne précise pas en quoi elles auraient été méconnues par le préfet alors qu'il ne démontre ni même n'allègue avoir été titulaire d'un titre de séjour en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne produit pas d'éléments de nature à justifier que des circonstances humanitaires s'opposeraient à son retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
23. En treizième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français dès lors que ces dispositions régissent la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'obligation de quitter le territoire français prononcée. Le moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté comme inopérant.
24. En quatorzième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1°) L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2°) L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".
25. Il ressort des pièces du dossier que, pour assigner à résidence M. B, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également de l'arrêté attaqué que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. L'intéressé entrait dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale.
26. En quinzième lieu, M. B soutient que cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, il ressort des termes de cette décision qu'elle impose à M. B, à titre de mesure de contrôle, de se présenter tous les mardis entre 9 heures et 12 heures à la gendarmerie de la Trinité. Cette gendarmerie se situe à proximité de la commune de Drap. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que ces modalités de contrôle, limitées à une présentation par semaine, seraient disproportionnées par rapport aux buts en vue desquels elles ont été adoptées. Par suite, le moyen tiré de la disproportion au regard de sa liberté d'aller et de venir doit être écarté.
27. En seizième lieu, M. B ne démontre pas, qu'en mettant à sa charge les conditions de présentation assortissant son assignation à résidence, précédemment détaillées au point 26, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte manifeste à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
28. En dix-septième lieu, M. B ne saurait utilement soutenir qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors que cette circonstance est précisément celle rendant possible une mesure d'assignation à résidence, moins coercitive qu'un placement en rétention administrative. De la même façon, il ne saurait utilement soutenir qu'il n'existe pas de perspective raisonnable de son éloignement alors que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai a été édicté le 23 juillet 2023 et qu'il ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à son éloignement.
29. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. CHEVALIERLa greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026