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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303976

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303976

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GAZEAU
Avocat requérantBEGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, régularisée le 16 août 2023, M. C B, représenté par Me Begon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'erreurs de fait en ce qu'elle ne prend pas en compte la naissance de sa fille sur le territoire français ni sa scolarisation en école maternelle ni l'état de santé de sa femme ni les risques encourus en cas de retour au Nigéria ni la réalité de ses liens avec la France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle entraine des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- cette décision n'est pas motivée.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ; elle ne mentionne pas explicitement le pays à destination duquel il sera renvoyé avec sa fille en cas d'exécution d'office ;

- il ne peut pas retourner au Nigéria, risquant dans ce pays des peines et traitements inhumains et dégradants.

Des pièces, produites par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gazeau, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 16 octobre 2023 à 15 heures :

- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée, qui informe les parties à l'audience, en application des articles R. 611-7, R. 776-13-2 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions dirigées contre une décision de refus de séjour sont irrecevables, une telle décision étant inexistante,

- et les observations de Me Begon, représentant M. B, assisté de Mme A, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et précise en outre demander explicitement l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 14 septembre 1979, demande au tribunal l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (). "

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'avait été saisi d'aucune demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui du droit d'asile ou du bénéfice de la protection subsidiaire. Le requérant s'est en effet vu refuser le statut de réfugié et le bénéfice de cette protection, par une décision du 10 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 mars 2023. Il pouvait, dès lors, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au titre du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, quand bien même l'arrêté attaqué mentionne de manière superfétatoire que la demande de titre de séjour en qualité de protégé international présentée par le requérant est rejetée, le préfet s'est borné à constater que l'intéressé ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il n'a donc pas, ce faisant, pris de décision susceptible de recours pour excès de pouvoir distincte de l'obligation de quitter le territoire français qui a procédé de cette constatation. Par suite, les conclusions dirigées contre une telle constatation, mentionnées à l'article 1er de l'arrêté attaqué sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. D'une part, l'arrêté en litige vise les textes applicables et notamment les dispositions des articles L. 542-2 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes, après avoir constaté le rejet de la demande d'asile présentée par M. B par l'OFPRA puis la CNDA, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale, mentionnant notamment la présence de sa fille et de son épouse sur le territoire français, et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. S'agissant plus particulièrement de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'établit pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, si M. B déclare être présent en France depuis mai 2019, il n'a été admis à y séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile, rejetée définitivement le 27 mars 2023. S'il se prévaut de son intégration sur le territoire français où résident sa femme, une compatriote, ainsi que leur fille, scolarisée en école maternelle, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, l'épouse du requérant a également fait l'objet d'un rejet définitif de sa demande d'asile ainsi que d'une mesure d'éloignement du territoire français prise le 18 avril 2023. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne saurait se reconstituer au Nigéria, pays dans lequel il n'établit pas ne plus avoir d'attaches. M. B ne justifie pas davantage avoir tissé en France des liens personnels ou professionnels d'une particulière intensité. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que l'état de santé de sa femme, bien que nécessitant un traitement régulier, serait de nature à rendre illégale la décision litigieuse. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision litigieuse a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation. Ce moyen doit dès lors être écarté.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'erreurs de fait, les erreurs alléguées sont, en tout état de cause, dans les circonstances de l'espèce, sans incidence sur le sens de ladite décision.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ". Et aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de contraindre M. B à se séparer de son enfant et le requérant n'établit pas que la cellule familiale qu'il forme avec son épouse également ressortissante nigériane, faisant au demeurant l'objet d'une mesure d'éloignement datée du même jour, ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine. Par suite, et eu égard à ce qui a été exposé au point 6 sur la situation de l'épouse du requérant et de leur enfant, la décision ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de celui-ci en méconnaissance de l'article 3-1 précité ni à l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

11. En cinquième et dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques qu'il encourt en cas de retour au Nigéria, dès lors que la décision en litige n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'étranger sera reconduit.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; () ".

13. Contrairement à ce que soutient le requérant, en indiquant que la décision d'éloignement sera mise à exécution à destination du pays dont M. B possède la nationalité, le préfet a entendu désigner le Nigéria. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée ne mentionne pas le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si le requérant fait valoir que sa fille serait soumise à un risque d'excision au Nigeria, il ne justifie pas de la réalité de ses allégations, alors que la demande d'asile présentée par le requérant au nom de sa fille a été rejetée par la CNDA par décision du 27 mars 2023. De plus, M. B n'apporte pas d'explications tangibles et circonstanciées s'agissant des menaces dont il ferait actuellement l'objet au Nigeria en raison de ses opinions politiques. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que M. B et les membres de sa famille seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria. Enfin, s'il indique qu'il va introduire une demande de réexamen de sa demande d'asile du fait des nouveaux évènements qui se sont déroulés au Nigéria, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier qu'une telle demande aurait été déposée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

D. GazeauLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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