**Sujet principal** : Recours en excès de pouvoir et indemnitaire d'une fonctionnaire (cadre socio-éducatif) contre la décision de son administration (Foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes) lui refusant une affectation à son retour de congé de longue durée, faute de poste vacant.
**Juridiction** : Tribunal Administratif de Nice (1ère chambre).
**Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la décision contestée ne plaçait pas la requérante en congé de longue durée et que, si le fonctionnaire doit être réintégré dans son administration d'origine (éventuellement en surnombre), il n'a pas de droit à réintégration sur son poste précédent. Les conclusions indemnitaires sont également rejetées pour défaut de preuve du préjudice.
**Textes appliqués** : Article 33 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif aux congés de longue durée des fonctionnaires territoriaux.
Texte intégral
(1ière chambre)Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2023, Mme B... A..., représentée par Me Alinot, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 6 avril 2023 par laquelle le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes l’a informée de l’impossibilité de lui proposer une affectation sur son emploi, en l’absence de vacance de poste et du fait que son ancien poste était en voie de suppression ;
2°) d’ordonner sa réintégration immédiate au poste de cadre socio-éducatif au sein du Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes ;
3°) de condamner le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes au versement d’une somme de 30.000 € en réparation du préjudice qu’elle estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge du Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes une somme de 3.000 € en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le fonctionnaire qui a bénéficié d'un avis favorable à sa réintégration assorti de recommandations du comité médical, ne peut être placé en position de congé de longue durée avec demi-traitement pour le motif qu'aucun emploi susceptible de lui être attribué n'est vacant ;
- les dispositions de l'article 33 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 qui prévoient que : « A l'expiration du congé de longue durée, le fonctionnaire est réintégré éventuellement en surnombre. Le surnombre est résorbé à la première vacance venant à s'ouvrir dans le grade considéré » ont pour conséquence qu’elle doit être réintégrée dans son administration d’origine y compris en surnombre ;
- elle subit un préjudice qui doit être réparé à hauteur d’une somme de 30.000 €.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2026, le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ruocco Nardo, rapporteur public, Mme A... et le Foyer des Alpes-Maritimes non représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., titularisée dans le grade de cadre socio-éducatif au sein du Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes à compter du 1er août 2012, a été placée en position de congé longue maladie puis en position de congé longue durée entre le 6 septembre 2019 et le 5 décembre 2022. Le comité médical départemental a été saisi à plusieurs reprises afin d’émettre un avis sur sa reprise, au regard notamment de l’expertise du médecin agrée qui concluait à une reprise possible de l’intéressée sans contact avec le public. Par un avis du 23 août 2022, le conseil médical départemental a conclu à une réintégration à mi-temps thérapeutique. Alors que, dans un premier temps, elle avait été maintenue dans cette position de congé longue durée, le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes a prononcé sa réintégration administrative à compter du 6 décembre 2022, par une décision du 28 mars 2023. Par un courrier du 6 avril 2023, le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes a informé l’intéressée de ce qu’il était dans l’impossibilité de lui proposer une affectation sur son emploi en l’absence de vacance de poste et du fait que son ancien poste était en voie de suppression. Considérant que cette décision était illégale et que le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes avait également commis des fautes en la discriminant en raison de son état de santé, elle a formé une demande indemnitaire préalable, rejetée le 22 juin 2023. Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision du 6 avril 2023 et de condamner le Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes à lui verser une somme de 30.000 € en réparation du préjudice qu’elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. D’une part, la décision attaquée n’a aucunement pour objet ou pour effet de la placer en position de congé de longue durée. Par suite, Mme A... ne saurait utilement se prévaloir du principe selon lequel le fonctionnaire, qui a bénéficié d'un avis favorable à sa réintégration, assorti de recommandations du comité médical, ne peut être placé en position de congé de longue durée avec demi-traitement pour le motif qu'aucun emploi susceptible de lui être attribué n'est vacant.
3. D’autre part, si les dispositions de l'article 33 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 qui prévoient que : « A l'expiration du congé de longue durée, le fonctionnaire est réintégré éventuellement en surnombre. Le surnombre est résorbé à la première vacance venant à s'ouvrir dans le grade considéré » ont pour conséquence que le fonctionnaire doit être réintégré dans son administration d’origine y compris en surnombre, celles-ci ne confèrent au fonctionnaire aucun droit à la réintégration sur le poste qu’il occupait avant son congé de longue durée. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées, ensemble celles à fin d’injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. La responsabilité du Foyer ne peut être engagée qu’à la condition que les fautes alléguées par la requérante aient entraîné un préjudice direct et certain. Mme A..., à qui incombe de prouver l’existence des préjudices qu’elle estime avoir subis, se borne à demander la réparation « du préjudice subi, par l’octroi d’une somme qui ne saurait être inférieur à 30 000 € » sans même qualifier le préjudice et sans verser aucune pièce qui permettrait d’établir la réalité de ce dernier, qui n’est au surplus, pas borné dans le temps. Par suite, l’intéressée ne justifie pas d’un préjudice direct et certain qui soit indemnisable sur le fondement d’une faute.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... doivent être rejetées, ensemble celles fondées sur les dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme B... A... et au Foyer de l’enfance des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
Le président,
signé
G. Taormina
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l’accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière.