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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304163

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304163

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GUILBERT
Avocat requérantTRIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 août 2023 et le 7 septembre 2023, M.A B, représenté par Me Trifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, pour la durée du réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Guilbert, magistrate désignée,

- et les observations de Me Trifi, représentant M. B qui soutient que M. B est entré en France en 2011 et que toute sa famille vit en France ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en 2012. Par un arrêté du 19 juillet 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

3. Il ressort des nombreuses pièces versées au dossier que M. B a épousé, le 5 juillet 2016, une compatriote avec laquelle il a eu quatre enfants et avec qui il vit depuis lors. Il ressort en outre de l'attitude des enfants du requérant, présents à l'audience, que M. B entretient avec ces derniers des lien réels et intenses. Il soutient sans être contredit en défense que son épouse bénéficie d'autorisations de séjour régulièrement renouvelées. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, qui a pour effet de séparer M. B de son épouse et de ses enfants, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

4. En revanche, le requérant n'alléguant pas avoir formulé une demande de titre de séjour, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions qu'il présente à fins d'injonction.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 juillet 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2: L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. GuilbertLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation, la Greffière,

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