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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304191

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304191

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantLEBRUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistré le 10 août 2023, Mme A C, représentée par Me Symphonia Lebrun, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler la décision implicite en date du 20 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de la reconnaître prioritaire et devant être logé d'urgence ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que la décision attaquée est entachée de défaut de motivation et d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes, la requérante n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation

1. Le 2 novembre 2022, Mme C a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être menacée d'expulsion, sans relogement, être logée dans les locaux impropres à l'habitation, être logée dans des locaux présentant un caractère insalubre ou dangereux et être dans un logement non décent en étant en situation de handicap, avec une personne handicapée à charge ou avec un enfant mineur à charge. Par décision en date du 17 janvier 2023, la commission de médiation a rejeté la remande de la requérante au motif que si un jugement d'expulsion a été rendu le 5 avril 2022 pour un impayé de loyer de 4 169,00 euros arrêté au mois de février 2022, la requérante ne justifie pas du montant actualisé de la dette locative, ni de démarche en vue de son apurement, que l'intéressée a de manière récurrente omis de respecter les obligations essentielles du locataire et que si elle déclare son logement impropre à l'habitation, insalubre et non décent, elle ne justifie d'aucune démarche engagée auprès des autorités compétentes. Le 19 avril 2023, la requérante a introduit un recours gracieux notifié le 20 avril à la commission de médiation qui, du fait du silence gardée, doit être regardée comme l'ayant rejeté par décision implicite en date du 20 juin 2023 dont Mme C demande l'annulation.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie ()sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement, () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ; / -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / (). / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () " et aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Cependant, n'ayant pas demandé, en vain, à l'autorité compétente de faire connaître les motifs de son rejet implicite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite attaquée ne serait pas suffisamment motivée.

5. En second lieu, Mme C soutient qu'elle a fait l'objet d'un jugement ordonnant son expulsion et que la circonstance qu'elle soit redevable d'une dette locative ne saurait constituer un motif de rejet de sa demande. Cependant, en considérant que l'intéressée avait de manière récurrente omis de respecter les obligations essentielles du locataire, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a entendu relever l'absence de bonne foi de la requérante. Cette dernière fait valoir qu'elle est de bonne foi et que la dette locative dont il s'agit résulte de la suspension du versement des allocations familiales à compter du 1er avril 2021 à la suite de la mise en demeure de réaliser les travaux de nature à remédier à la non-décence du logement adressé par la caisse d'allocation familiale à son bailleur. Cependant, il n'est pas contesté que si par courrier en date du 3 novembre 2020, la caisse d'allocation familiale a indiqué à la requérante qu'elle devait continuer à s'acquitter du loyer résiduel d'un montant de 171 euros, l'aide personnalisée au logement étant directement versé au propriétaire, il ressort des attendus de l'arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence du 8 mars 2023, qu'en raison de la carence de la locataire, résultant de ce qu'elle faisait obstacle à la réalisation des travaux, par lettre en date du 26 mars 2021, la caisse d'allocation familiale des Alpes-Maritimes a informé le bailleur que le bénéfice de l'allocation de logement serait suspendu à compter du 1er avril 2021 en application des dispositions de l'article L. 542-7 du code de la sécurité sociale. Dès lors, la requérante était tenue de s'acquitter de la totalité du loyer, et non plus seulement du loyer résiduel, et la dette locative dont elle est redevable résulte de sa propre carence. Par suite, la commission de médiation a pu retenir l'absence de bonne foi de Mme C qui n'est pas fondée à soutenir que ladite commission a entaché sa décision d'erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Symphonia Lebrun et au ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLe greffier,

signé

A. BAAZIZ

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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