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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304198

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304198

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GAZEAU
Avocat requérantSANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2023, M. D B demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- sa situation et son comportement ne justifient pas un éloignement en urgence.

S'agissant de la décision prononçant une interdiction de circulation d'une durée d'un an :

- dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnait les règles de l'article 20 du traité sur l'Union européenne et de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023 à 9h06, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gazeau, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 28 août 2023 à 15h :

- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Sana, avocate commise d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bulgare né le 15 juillet 2001, demande au tribunal l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée d'un an.

Sur la demande de communication du dossier de M. B :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. Le préfet des Alpes-Maritimes ayant produit, le 28 août 2023, préalablement à la tenue de l'audience, les pièces relatives à la situation administrative de M. B l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Alpes-Maritimes, par Mme A C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par arrêté n° 2023-368 du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 115-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement, les décisions fixant le pays de renvoi ainsi que celles portant interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, l'arrêté en litige vise les textes applicables et notamment les dispositions des articles L. 251-1, L. 251-3 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes, après avoir estimé que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement et que l'urgence justifiait l'absence d'octroi de délai de départ volontaire. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. Pour faire obligation à M. B de quitter le territoire le français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le motif tiré de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 précité.

9. Pour justifier cette mesure, le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que M. B est identifié comme faisant partie d'un groupe de familles bulgares ayant installé depuis 2020 des campements illégaux occupant le domaine public ou des terrains privés, pour lesquels des évacuations avec concours de la force publique ont été ordonnées par le procureur de la République. Le préfet a également relevé que le groupe auquel appartient le requérant déplace régulièrement leur campement pour se soustraire aux mesures d'expulsions des terrains illégalement occupés, que le groupe refuse toute solution d'hébergement, qu'un état de précarité et d'insalubrité avancés a été constaté faisant craindre des risques pour les mineurs et la salubrité, et que ledit groupe se livre à de la mendicité, parfois agressive, ainsi qu'à des vols dans les transports en commun comme moyens de subsistance. Le préfet a ainsi estimé que le comportement du requérant, comme membre de ce groupe participant à ce trouble à l'ordre public, était constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Le préfet a, en outre, relevé que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants (08/02/2022) et de violences sur conjoint sans incapacité (23/02/2022). Si le requérant fait valoir qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale en France ou en Bulgarie, rien ne faisait obstacle, au regard des dispositions rappelées au point 6, à ce que le préfet prenne en compte ces faits dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de police administrative, alors que M. B ne conteste pas sérieusement leur matérialité par ailleurs en se bornant à soutenir qu'ils ne sont pas d'une gravité suffisante. En outre, si le requérant soutient qu'il est entré en France en 2018 et qu'il a travaillé à certaines périodes, d'une part, il n'apporte aucune preuve de sa durée de séjour en France et ne fait état d'aucune intégration particulière sur le territoire français, d'autre part, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de sa situation économique en France. Par ailleurs, il ressort des écritures mêmes du requérant que si celui-ci est père d'un enfant, sa compagne ainsi que leur enfant résident en Bulgarie, de sorte que ses attaches familiales et, partant, le centre de ses intérêts privés se situent en Bulgarie. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à l'ensemble de ces éléments ainsi qu'à la nature, la réitération et la gravité de faits en cause, et alors même que M. B n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer qu'à la date de l'arrêté attaqué, le comportement du requérant constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant son éloignement.

10. En second lieu, la circonstance qu'il serait entré en 2018 en France et non en 2001 comme le mentionne la décision attaquée, ainsi que la circonstance, non mentionnée dans ladite mesure, selon laquelle il aurait effectué un aller-retour en Bulgarie il y a quelques mois, sont sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français en ce qu'elle n'a pas été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 251-1 précité.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

11. Compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente le requérant et de l'absence de garanties de représentation suffisantes de ce dernier, telles que rappelées au point 9, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant de ne pas accorder de délai de départ volontaire à l'intéressé.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision l'interdisant de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :

12. La décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de 12 mois est fondée sur le comportement de M. B, qui, ainsi qu'il a été dit, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. M. B n'est pas fondé à soutenir que le droit à la libre circulation des citoyens européens aurait été méconnu dès lors que ce droit peut connaître des restrictions, notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace pour un intérêt fondamental de la société. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet à son droit à la libre circulation sur le territoire de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions y compris en celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 28 août 2023.

La magistrate désignée,

signé

D. GazeauLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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