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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304315

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304315

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023 et des mémoires, enregistrés les 1er, 5 et 7 septembre 2023, M. C B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- les décisions contestées ont été notifiées sans précision sur les voies et délais de recours ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne peut exécuter l'obligation de quitter le territoire français en raison du contrôle judiciaire dont il fait l'objet.

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et porte une atteinte manifeste à son droit à la libre circulation ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Soler, magistrate désignée,

- les observations de Me Fonkoue, représentant M. B A.

- et les observations de M. B A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant portugais né en 1971, a fait l'objet d'un arrêté du 24 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. B A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne à l'administration de communiquer l'entier dossier administratif :

4. L'administration a produit en défense l'entier dossier administratif de M. B A. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant sont dès lors devenues sans objet.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté de la requête :

5. Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable " et aux termes de l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été notifié le 28 août 2023 à 15h35 au requérant. Celui-ci mentionne les voies et délais de recours et précise que si l'étranger est placé en détention, le recours contre la décision administrative peut être introduit auprès du chef de l'établissement pénitentiaire, en application de l'article R. 776-31 du code de justice administrative. Si la requête de M. B A a été introduite le 1er septembre 2023 à 0h06 soit après l'expiration du délai de recours de 48 heures, il ressort toutefois des pièces du dossier que par un courrier du 29 août 2023, reçu le 31 août 2023 par le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), l'intéressé a alerté le SPIP ainsi que la Cimade qu'il souhaitait une aide juridique suite à la notification de l'arrêté attaqué. En parallèle, le requérant a adressé un courrier au tribunal administratif, reçu le 31 août 2023. Dans ces conditions, le dépassement du délai de recours doit être regardé comme imputable au retard mis par l'administration pénitentiaire à acheminer son courrier et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B A, âgé de 52 ans, réside en France au moins depuis sa scolarité, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en France et y a ensuite réalisé toute sa carrière professionnelle. Il bénéficie par ailleurs d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er janvier 2023 et produit une attestation de son employeur confirmant qu'il peut retrouver son emploi suite à son incarcération. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que M. B A a deux enfants résidant en France, scolarisés et âgés de 21 et 15 ans. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Il suit de là qu'en prenant une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B A, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français doivent également être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. L'arrêté attaqué ne comportant aucune interdiction de retour sur le territoire français, l'injonction au retrait du signalement de l'intéressé au sein du système d'information Schengen apparaît dépourvue d'objet. Par suite les conclusions à fin d'injonction de la présente requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Fonkoue, avocat de M. B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fonkoue de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer son entier dossier administratif.

Article 3 : L'arrêté du 24 août 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 4: Sous réserve de l'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fonkoue renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Fonkoue, avocat de M. B A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, à Me Fonkoue et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au bureau de l'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice et au procureur de la république près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

N. SOLERLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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