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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304336

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304336

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, Mme C B, représentée par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Oloumi en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au caractère définitif du rejet de sa demande d'asile, la procédure devant la Cour nationale du droit d'asile étant pendante ; par suite, le préfet ne pouvait prendre une décision de refus de séjour ;

- elle n'a pas été informée de la possibilité de demander une admission au séjour à un autre titre que l'asile ; or, elle souffre d'une lourde pathologie ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière dès lors que le préfet était informé de son état de santé ;

- elle est fondée sur un refus d'admission au séjour illégal ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son exécution doit, à tout le moins, être suspendue dès lors qu'elle a présenté des éléments sérieux et plausibles devant l'Office de protection des réfugiés et apatrides ;

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été présentées pour Mme B par mémoire enregistré le 10 octobre 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Oloumi, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante géorgienne née le 30 octobre 1971, a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes le 19 janvier 2023. Placée en procédure accélérée, sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 mars 2023. Par arrêté du 18 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé, par l'autorité administrative, à l'encontre d'un étranger n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. Ainsi, lorsque l'étranger s'est borné à demander l'asile, sans présenter de demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement, il appartient au préfet, après avoir vérifié que l'étranger ne pourrait pas prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour, de tirer les conséquences du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé le cas échéant par la Cour nationale du droit d'asile, sans avoir à statuer explicitement sur le droit au séjour de l'étranger en France. Lorsque le préfet fait néanmoins précéder, dans le dispositif de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, cette décision d'un article constatant le rejet de la demande d'asile de l'étranger, cette mention ne revêt aucun caractère décisoire et est superfétatoire.

5. En l'espèce, même s'il mentionne, en son article 1er, que la demande de délivrance de titre de séjour de Mme B est rejetée, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressée, le rejet de cette demande procédant de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, ni même comme lui refusant la délivrance d'un autre titre de séjour, l'intéressée ne démontrant pas avoir présenté de demande distincte sur un autre fondement que l'asile. Par conséquent, le préfet des Alpes-Maritimes n'ayant pris aucune décision de refus de séjour distincte de l'obligation de quitter le territoire français, cette mention est ainsi superfétatoire, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions de la requérante dirigées contre le dispositif de l'article 1er de l'arrêté attaqué sont irrecevables.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 4 et 5, le moyen tiré par la requérante de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour () ". Selon l'article D. 431-7 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance d'un titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

8. L'information prévue par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour seul objet, ainsi qu'en témoignent les travaux préparatoires de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, de limiter à compter de l'information ainsi délivrée le délai dans lequel il est loisible au demandeur d'asile de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, ce délai étant ainsi susceptible d'expirer avant même qu'il n'ait été statué sur sa demande d'asile. La requérante, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture avant qu'aux termes de l'arrêté attaqué le préfet ne tire les conséquences sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du rejet de sa demande d'asile, ne peut donc utilement se prévaloir, contre l'obligation de quitter le territoire français, de son défaut d'information dans les conditions prévues par l'article L. 431-2 du même code.

9. En troisième lieu, si la requérante soutient que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle au motif qu'il n'a pas pris en compte son état de santé, il est constant que le préfet s'est borné à tirer les conséquences du rejet de la demande d'asile de la requérante et que cette dernière n'a pas sollicité de titre de séjour pour raison médicale. Par suite, la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné l'état de santé de la requérante est donc sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En outre, à supposer établie la circonstance que la requérante ne serait pas mère de famille, ce qu'elle ne démontre pas, cette mention au sein de l'arrêté n'a pas exercé de réelle influence sur le sens de la décision dès lors que, ainsi qu'il a été dit, le préfet s'est borné à prendre acte du rejet de la demande d'asile de la requérante pour édicter une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit ainsi être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

11. Si la requérante se prévaut de la connaissance de son état de santé par le préfet des Alpes-Maritimes, elle ne démontre, par les pièces qu'elle produit, ni l'exceptionnelle gravité des conséquences qu'aurait pour elle le défaut de prise en charge médicale, ni l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par conséquent, elle n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 18 août 2023.

Sur les conclusions à fin de sursis à exécution de la mesure d'éloignement :

13. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Aux termes de l'article L. 542-6 du même code : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

14. Il résulte de ces dispositions qu'il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

15. Au soutien de sa demande de sursis à exécution, Mme B soutient qu'elle a présenté des éléments devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que celui-ci a reconnu comme plausibles et qu'elle présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français. Toutefois, la requérante, qui ne produit pas la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte aucun élément circonstancié de nature à faire naître un doute sur le bien-fondé de la décision rendue par l'Office. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'exécution du présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions à fin d'annulation de Mme B, n'implique l'édiction d'aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Me Oloumi demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour sont irrecevables.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. MOUTRY

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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