mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2304366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme Moutry |
| Avocat requérant | EL ATTACHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 août, le 12 septembre et le 5 octobre 2023, M. A B, représenté par Me El Attachi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre toutes mesures utiles pour procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission, et ce sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ; en effet, il vit en France depuis de nombreuses années, pays où il a créé des liens professionnels et personnels intenses et stables notamment lors de ses années d'étudiant et il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides dès lors qu'il présente des garanties de représentation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français
- elle est disproportionnée et méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;
- et les observations de Me El Attachi, représentant M. B, et de M. B qui concluent aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.
Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation de quitter le territoire français à M. A B, ressortissant marocain né le 1er août 1997, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides, et notamment l'article L. 611-1 de ce code, et précise notamment que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est célibataire sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables et qu'il conserve des attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation personnelle notamment car le préfet n'a pris en compte ni ses années d'études en France ni l'absence d'attaches dans son pays d'origine suite au décès de ses parents. Toutefois, d'une part, il n'établit pas le sérieux des études menées en France alors qu'arrivé en 2018 pour intégrer un master 1 en droit des affaires, il ne justifie que d'inscriptions successives pour suivre le cursus de ce diplôme sans jamais le valider. D'autre part, si le requérant produit les actes de décès de ses parents, il n'établit pas pour autant être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine alors qu'il y a vécu la grande majorité de sa vie et qu'il ressort du procès-verbal d'audition qu'il y est même retourné en 2022 pour y passer des vacances. En tout état de cause, le requérant ne produit aucune pièce de nature à démontrer l'allégation selon laquelle il aurait tissé des liens personnels stables et intenses en France. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en faisant valoir la durée de son séjour en France, son parcours d'étudiant ainsi que l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant, s'il démontre être entré en France en 2018, ne justifie pas de la continuité de son séjour sur le territoire français par les pièces qu'il produit. En outre, il ne justifie pas non plus du sérieux de ses études en France en se bornant à produire ses certificats d'inscription lesquels démontrent qu'il s'est toujours inscrit au même cursus universitaire, à savoir un master 1 en droit des affaires, trois années durant sans jamais le valider. S'il produit une attestation de réussite au doctorat, cette pièce n'est pas en cohérence avec les autres pièces produites, un doctorat ne pouvant être validé avant réussite au diplôme de master. Enfin, le requérant ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, avoir créé des attaches personnelles et professionnelles en France ainsi qu'il l'allègue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu sur le territoire français au-delà de l'expiration de son dernier titre de séjour et qu'il ne justifie pas en avoir sollicité le renouvellement. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas non plus en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, son passeport ayant expiré en décembre 2022. Par suite, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 6 et a ainsi pu refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet est tenu d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger auquel il n'a accordé aucun de délai de départ volontaire.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. B ne démontre, par les pièces qu'il produit, ni la continuité de son séjour en France, ni le sérieux de ses études, ni la réalité et l'intensité des relations personnelles et professionnelles tissées en France dont il se prévaut. Par suite, et alors même qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, la durée d'un an de l'interdiction de retour sur le territoire français ne présente aucun caractère disproportionné. Pour les mêmes motifs, elle ne porte ni atteinte aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides ni aux dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 28 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique l'édiction d'aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. MOUTRY
La greffière,
signé
M. PAGNOTTA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026