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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304811

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304811

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation et de lui remettre dans l'attente, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions de l'article L. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure résultant d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert, présidente ;

- et les observations de Me Oloumi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de nationalité philippine né le 3 février 1973, a sollicité, le 29 septembre 2020, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision portant refus de séjour, que le préfet des Alpes-Maritimes mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. En particulier, il expose que le requérant de nationalité philippine a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes, qu'il est célibataire, qu'il ne démontre pas disposer en France de liens familiaux intenses, anciens et stables et qu'il ne justifie pas de manière probante l'ancienneté et le caractère habituel de son séjour ainsi que l'absence de famille dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté, ainsi que celui tiré du défaut d'examen particulier de sa situation.

3. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait au regard de la durée de sa présence sur le territoire national. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a seulement indiqué qu'il ne produisait pas notamment pour les années 2011 et 2012 de pièces probantes sans considérer que les éléments étaient suffisants pour les années 2012 à 2023. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser la délivrance d'un titre présenté sur ce fondement que si l'étranger justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. En l'espèce, le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2010, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, de sorte que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait lui opposer une décision de refus de titre de séjour sans avoir préalablement saisi, pour avis, la commission du titre de séjour. Toutefois, le requérant ne produit des pièces à l'appui de sa requête, qu'à compter de l'année 2020, pour justifier de la réalité et la continuité de sa résidence habituelle en France. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de prendre sa décision. Ce moyen doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. En l'espèce, le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2021, qu'il a rompu tout lien affectif et effectif avec son pays d'origine, qu'il travaille et ne constitue pas une charge pour le système social français et qu'il y déclare ces revenus. Toutefois, les pièces du dossier n'établissent pas la présence de M. B en France pendant la durée alléguée. De plus elles ne sont pas de nature à démontrer qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il a fixé, sur le territoire, le centre de ses intérêts personnels familiaux de manière habituelle. Enfin, M. B ne justifie pas d'une insertion sociale significative, ni d'une insertion professionnelle. Dans ces conditions, au regard de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et qu'elle aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs exposés précédemment, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté préfectoral en date du 24 août 2024 présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Articler 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Chevalier

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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