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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304837

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304837

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 2 octobre, 13 et 14 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, seulement les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu, protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est de bonne moralité, inconnu des services de police et de gendarmerie et n'a jamais fait l'objet de poursuites judiciaires ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- le risque de se soustraire à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre n'est pas caractérisé et, par suite, cette décision est illégale et disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- il justifie de circonstances humanitaires qui s'opposent à une telle décision laquelle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2023 à 14 heures :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- les observations de Me Hmad, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, ressortissant tunisien né en 1995, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, seulement les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour lui refuser un délai de départ volontaire ainsi que pour arrêter, tant dans son principe que dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, ces décisions comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant dont il pouvait avoir connaissance, a suffisamment motivé l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cet arrêté est insuffisamment motivé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, prévoyant le droit à être entendu par l'autorité administrative, s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision d'éloignement est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, si M. A soutient que son droit à être entendu a été méconnu en ce qu'il n'a pas été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de formuler des observations avant la notification de l'arrêté en litige, il ne précise pas, en tout état de cause, en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle aux décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance du droit du requérant à être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, d'une part, si M. A soutient avoir établi sa résidence habituelle en France et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux depuis janvier 2020, les pièces qu'il verse aux débats de par leur caractère épars et insuffisamment probant ne permettent pas de démontrer la réalité de sa résidence en France depuis cette date. D'autre part, il ressort des propres déclarations du requérant, lors de son audition du 27 septembre 2023 par la compagnie de gendarmerie départementale de Cannes, qu'il est célibataire, sans enfant et, qu'à l'exclusion de quelques oncles et cousins, l'ensemble de sa famille réside en Tunisie, pays dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé plusieurs missions en tant qu'intérimaire entre les mois de février et juillet 2023 et qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée conclut avec la société Delattre Arrolight service en qualité de manœuvre à compter 25 août 2023. Toutefois, ces récentes circonstances ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer que M. A a entendu fixer en France le centre de ses intérêts privés et familiaux alors qu'il indique être entré sur le territoire national en janvier 2020 et, qu'en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a démissionné de son emploi au sein de la société Delattre Arrolight service par une lettre datée et réceptionnée par son employeur le 27 septembre 2023. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, en obligeant M. A à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En second lieu, si le requérant soutient être de bonne moralité, inconnu des services de police et de gendarmerie et n'avoir jamais fait l'objet de poursuites judiciaires, de telles circonstances sont, à supposer qu'elles soient établies, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée laquelle n'est pas fondé sur de tels motifs.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait que l'intéressé n'a pu présenter aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire et enfin, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

10. En l'espèce, en se bornant à indiquer qu'il s'est présenté à la convocation au commissariat dont il a fait l'objet, qu'il a décliné son identité et son adresse lors de son audition du 27 septembre 2023, qu'il dispose d'un passeport en cours de la validité et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le requérant ne conteste pas utilement l'ensemble des motifs qui ont justifié une telle mesure de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. En tout état de cause, il ressort de son audition du 27 septembre 2023 par la gendarmerie nationale que le requérant a reconnu lui-même avoir utilisé une carte d'identité espagnole contrefaite, motif sur lequel le préfet des Alpes-Maritimes aurait également pu se fonder en application des dispositions précitées du 7° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre n'est pas établi et que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est disproportionnée. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 de ce jugement que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure d'interdiction de retour sur le territoire français soit prise à son encontre. De même, au regard de ces mêmes motifs, la décision litigieuse n'apparait pas comme étant disproportionnée tant dans son principe que dans sa durée. Les moyens soulevés en ce sens doivent, dès lors, être écartés.

14. Il résulte ainsi de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. HOLZER

La greffière

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

N°2304837

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