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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305080

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305080

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantCHEBIL MAHJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2023, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de saisir les services compétents afin que le système d'information Schengen soit mis à jour pour qu'il soit procédé à l'effacement de son signalement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides ;

- il justifie de circonstances humanitaires ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL SERFATY VENUTTI CAMACHO CORDIER conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Chebil Mahjoub, représentant M. B, assisté de Mme A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 15 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. D B, ressortissant marocain né le 18 juin 1976, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

1. L'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Alpes-Maritimes, par M. E C, adjoint au chef du bureau de l'accès à la nationalité française. Par arrêté n° 2023-793 du 10 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 241.2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour et notamment les obligations de quitter le territoire français prises après interpellation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a déclaré au cours de son audition souhaiter rester en France et ne pas accepter de repartir dans son pays. Par ailleurs, s'il produit une attestation d'hébergement de son frère, il a déclaré au cours de l'audition qu'il ne voyait pas son frère lequel habitait à côté de Paris. En outre, il est constant que le requérant ne dispose d'aucun document de voyage en cours de validité. Par suite, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 2, considérer qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent son fondement. En particulier, elle vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides et indique que M. B ne démontre pas avoir résidé habituellement en France depuis sa date d'entrée déclarée, qu'il ne justifie pas non plus de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il est célibataire sans enfant, que toute sa famille, à l'exception d'un de ses frères, réside au Maroc. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'édiction d'une interdiction de retour n'est pas soumise à des conditions cumulatives et limitatives en cas d'absence de délai de départ volontaire. Dans un tel cas, l'édiction d'une telle mesure est le principe, l'exception tenant à l'existence de circonstances humanitaires. Le requérant, en se bornant à invoquer sa présence en France depuis quatre années sans l'établir, en se bornant à se prévaloir de la présence de son frère en France lequel il ne voit pas d'après ses déclarations au cours de l'audition et en se bornant à indiquer qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, ne démontre pas l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides manque en fait et doit être écarté.

7. En dernier lieu, il est constant que le requérant, qui se prévaut de sa présence en France depuis quatre années, ne l'établit pas. Il ressort également des pièces du dossier que ses attaches avec son frère présent en France ne sont pas démontrées et que le reste de sa famille vit au Maroc. Par suite, et alors même que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français n'apparaît pas disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 19 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. MOUTRY

La greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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