jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305086 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BESSIS-OSTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2023, Mme B A et M. D C, représentés par Me Bessis-Osty, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile à leur profit, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 300 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Les requérants soutiennent que :
- en ce qui concerne l'urgence : leurs demandes d'asile, examinées en " procédure normale ", ont été enregistrées le 10 août 2023 et ils ne bénéficient plus des garanties minimales d'accueil offertes aux demandeurs d'asile, entraînant une situation d'extrême précarité pour eux et leurs deux enfants, nés en 2019 et 2023 ;
- la carence de l'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au non-lieu à statuer sur la requête, dès lors qu'il a rétabli les conditions matérielles d'accueil à compter du 12 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 à 9 heures 45 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président,
- et les observations de Me Bessis-Osty, pour les requérants, qui persiste dans les conclusions de sa requête et soutient en outre, d'une part, que si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile a été rétabli le 12 octobre 2023, l'attestation de demande d'asile est pour sa part en date du 10 août 2023, et d'autre part qu'à ce stade aucun versement de l'allocation de demandeur d'asile n'a été effectué ;
- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A et M. D C, ressortissants ivoiriens, ont déposé une demande d'asile actuellement en cours d'examen en " procédure normale ". Par la présente requête, ils demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre de leur octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'enjoindre sous astreinte au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'exception de non-lieu opposée par le directeur de l'OFII :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures en défense de l'OFII, d'une part que Mme A a été rétablie dans ses droits à bénéficier des conditions matérielles d'accueil à compter du 12 octobre 2023, sans que le directeur de l'OFII ait pris une décision retirant expressément la décision implicite de retrait des conditions matérielles d'accueil, et que le dernier versement remonte au mois de juin 2023 et, d'autre part, que sa demande d'asile, examinée en " procédure normale ", a été enregistrée le 10 août 2023. Ainsi, il y a lieu de considérer que la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil est demeurée dans l'ordonnancement juridique pour la période durant laquelle elle n'a été ni retirée ni abrogée, soit entre juillet 2023 et le 12 octobre 2023 et, à tout le moins, entre le 10 août 2023 et le 12 octobre 2023. Toutefois, eu égard à l'objet du litige devant le juge des référés saisi sur le fondement des dispositions précitées, qui se prononce à la date à laquelle il statue au vu de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures, il est constant que les conclusions de la présente requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ont perdu son objet en raison du rétablissement, à la date de la présente ordonnance, des conditions matérielles d'accueil, nonobstant la circonstance alléguée qu'aucun versement de l'allocation des demandeurs d'asile n'aurait été effectué à ce stade. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance :
5. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions des requérants au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B A et M. D C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B A et M. D C présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à M. D C, à Me Bessis-Osty et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 19 octobre 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier
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01/06/2026
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