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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305456

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305456

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 6 et 8 novembre 2023 et 15 mars 2024, M. B C, représenté par Me Johannes Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'être assisté le jour de l'audience par l'avocat de permanence et d'un interprète en langue géorgienne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de 3 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission (fichier SIS II) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros, à verser à Me Johannes Lestrade en application des dispositions de l'articles L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des moyens dirigés contre la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision constitue une violation des dispositions de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas présenté des observations.

Vu :

- l'arrêté en litige ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 19 mars 2024, le rapport de M. Pascal, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité géorgienne, né le 20 mai 1978, a fait l'objet d'un arrêté en date du 4 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. C et notamment que celui-ci a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 40 ans et qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée de 3 mois prononcée le 5 avril 2022 ainsi qu'à 2 mois sans maintien en détention le 16 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Nice pour des faits de vols en récidive, fourniture d'identité imaginaire et maintien irrégulier sur le territoire français. Ainsi, alors même que ces motifs ne reprendraient pas les éléments relatifs à son état de santé, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Et selon l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

4. L'autorité préfectorale, lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière, n'est tenue de recueillir l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que si elle dispose d'informations suffisamment précises permettant d'établir que l'intéressé, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En l'espèce, le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû, préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 4 novembre 2023, tenir compte de l'avis du médecin de l'office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) émis le 4 décembre 2020 selon lequel l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge de quatre mois, pour saisir à nouveau le collège de médecins de l'OFII. Toutefois, d'une part, l'avis du collège de médecins de l'OFII dont se prévaut le requérant, a été émis le 4 décembre 2020, d'autre part, si le requérant soutient que son état de santé nécessite un suivi et un traitement quotidien, la seule attestation d'un rendez-vous de suivi, en novembre 2023, auprès du centre de soin en addictologie ne saurait suffire pour établir que le préfet des Alpes-Maritimes disposait, à la date de la décision en litige, d'éléments nouveaux suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le requérant ne justifie pas, par ailleurs, avoir présenté auprès des services préfectoraux une demande de titre de séjour étranger malade. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux présentés au point précédent, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché la décision obligeant M. C à quitter le territoire français sans délai d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français doivent être rejetées.

S'agissant des moyens dirigés contre la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de la décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

9. Si le requérant soutient qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, il ne conteste, toutefois, pas utilement qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il s'y est maintenu sans régulariser sa situation et qu'il n'a remis aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par ailleurs, si M. C fait valoir qu'il est suivi pour une hépatite C avec une forte charge virale, qu'il souffre de problèmes cardiaques, qu'il est polytoxicomane et que le préfet des Alpes-Maritimes est informé de son état de santé dans le cadre de deux placements en centre de rétention administrative en novembre 2021 et en février 2022, il résulte de l'instruction qu'il n'a remis, ainsi qu'il a été dit précédemment, aucun document relatif à son état de santé actuel susceptible de constituer une circonstance particulière empêchant un départ immédiat. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a pu refuser d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, au regard de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'interdiction de retour dont il fait l'objet par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. D'une part, si le requérant soutient que la décision prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français ne prend pas en compte son état de santé, il ne résulte pas de l'instruction que les problèmes de santé dont il fait état rende nécessaire son retour en France. Par ailleurs, le requérant déclare être marié, sans charge de famille et conserve toutes ses attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Par suite, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France en 2020, que depuis cette date, il s'est fait connaître des services de police pour des faits de port d'arme de catégorie D, vol simple, maintien irrégulier, aide à l'entrée, recel de bien, usage de stupéfiants, vol à l'étalage, violence avec usage d'une arme sans incapacité, détention de stupéfiant et qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée de trois mois le 5 avril 2022 ainsi que deux mois sans maintien en détention le 16 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Nice pour des faits de vols en récidive et fourniture d'identité imaginaire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a pu prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

1. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, première conseillère,

M. Duroux, première conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le président-rapporteur

signé

F. Pascal L'assesseure la plus ancienne,

signé

A.C. Chaumont

La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le Greffier

2305456

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