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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305587

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305587

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GUILBERT
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2023, M. C, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 novembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission inscrit dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours et de mettre fin aux mesures de surveillance prévues à son encontre ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui remettre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail pour la durée de l'examen de sa demande d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente;

- il n'a pu faire valoir ses observations avant l'édiction de la mesure dont il fait l'objet ;

- l'arrêté en litige est entaché d'erreur de fait dès lors que sa demande d'asile est toujours en cours d'examen (il a été convoqué en avril 2023) et qu'il vit avec sa mère dans un local d'habitation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'il est demandeur d'asile, dispose d'un passeport et est menacé dans son pays d'origine ;

- il méconnaît l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes raisons ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne dispose d'aucune attache dans son pays d'origine, qu'il contribue à l'éducation de sa nièce, que son épouse est également demandeuse d'asile ;

- il justifie de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire ; une telle mesure est disproportionnée ; une telle décision se trouverait privée de base légale en cas d'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Des pièces, présentées par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 24 novembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Oloumi, représentant M. A, qui soutient que l'intéressé n'a fait l'objet d'aucune obligation de quitter le territoire en 2021, de sorte que la décision en litige est entachée d'erreur de fait, que l'extrait TelemOfpra produit est dépourvu de valeur probante, que M. A a été entendu par l'office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) en avril et que toute sa famille réside en France ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe, déclare être entré en France en 2019. Il a déposé une demande d'asile et deux demandes de réexamen, toutes rejetées par l'OFPRA. Par un arrêté du 8 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, La décision en litige est signée par M. B, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, lequel bénéficie d'une délégation de signature à l'effet de signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué y compris celle portant obligation de quitter le territoire français, en vertu d'un arrêté n° 2023-947 du 6 novembre 2023, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 270-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il n'a pu faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de l'acte en litige, il ressort du procès-verbal d'audition du 8 novembre 2023 produit par le préfet des Alpes-Maritimes que l'intéressé a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et invité à faire valoir ses observations. Dès lors, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui reprend l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant.

En ce qui concerne le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, aux termes de l'article l. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L.542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une première demande d'asile, rejetée le 7 mars 2012 par l'OFPRA puis le 31 août 2012 par la cour nationale du droit d'asile, qu'il a présenté une demande de réexamen le 29 juin 2020, rejetée le 3 juillet 2020 par l'OFPRA, puis le 26 février 2021 par la cour nationale du droit d'asile, cette décision lui ayant été notifiée le 12 mars 2021, qu'enfin, il a présenté une deuxième demande de réexamen le 20 février 2023. Il ressort de la fiche TelemOfpra produite par le préfet que cette dernière demande a fait l'objet d'un rejet le 10 octobre 2023. Si M. A soutient que la fiche TelemOfpra est sur ce point erronée, et que sa demande n'a fait l'objet d'aucun rejet, cette circonstance, à la supposer établie, est sans effet sur la légalité de l'acte en litige dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'introduction d'une deuxième demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen.

8. En deuxième lieu, par ses seules déclarations non circonstanciées et alors que sa demande d'asile a été examinée par trois fois par les autorités compétentes, M. A n'établit pas que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, M. A se prévaut de la présence en France de sa mère, de sa nièce, et de son épouse, demandeuse d'asile. Toutefois, il ne démontre pas, par ses seules allégations, l'intensité des liens qu'il entretient avec sa mère et sa nièce. Il ne démontre pas davantage l'intensité et la stabilité des liens qu'il entretient avec son épouse. Alors que sa fille de quatorze ans réside en Russie, il ne démontre pas que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

10. En quatrième lieu, et compte-tenu de ce qui précède, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; /5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Si M. A soutient résider dans un local d'habitation, hébergé par sa mère, par la seule production d'une attestation de cette dernière et alors qu'il déclarait le 8 novembre 2023 être hébergé dans l'ancien logement d'une connaissance, il n'établit pas disposer d'une résidence effective et permanente en France. Il indique par ailleurs que son passeport est en cours de renouvellement de sorte qu'il ne dispose pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, M. A ne conteste pas avoir fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement sans y avoir déféré et a déclaré au cours de son audition, ne pas souhaiter retourner en Russie. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur de fait ou d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

13. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Compte-tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'interdiction de retour dont il fait l'objet par voie de conséquence du refus de délai de départ volontaire qui lui est opposé.

15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France une première fois en 2012, qu'ayant fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, il a refusé d'y déférer, qu'il est entré en France en 2019, que depuis cette date, il s'est fait connaître des services de police pour des faits d'usurpation d'identité, de vol simple, de violation de domicile et de dégradation du bien d'autrui. Par ailleurs, le requérant, qui ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il allègue en France, a déclaré que sa fille de quatorze ans vit en Russie. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour. En outre, dans les circonstances de l'espèce, la durée d'interdiction de retour de deux ans retenue par le préfet n'apparaît pas disproportionnée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Oloumi.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

L. GuilbertLe greffier,

Signé

A. Stassi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation, le Greffier,

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