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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305668

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305668

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantPASQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 et 21 novembre 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de son maintien en rétention administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer, à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, une attestation de demande d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'un défaut de nécessité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ringeval, magistrat désigné,

- et les observations de Me Pasquier, représentant M. C, assisté de Mme B, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête. Elle ajoute que la décision attaquée est fondée sur une mauvaise interprétation des dispositions de l'article L. 531-40 du Ceseda entraînant ainsi une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé. La décision de clôture de la demande d'asile en date du 11 juillet 2023 n'a pas été notifiée. En outre, la demande présentée en rétention n'est pas une demande de réexamen mais une demande de réouverture.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a décidé du maintien en rétention administrative de M. C, ressortissant nigérian né le 1er janvier 2005. Le requérant demande au tribunal l'annulation dudit arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. / L'irrecevabilité de la demande d'asile peut être opposée par l'autorité administrative lorsque cette demande a été présentée par un étranger, en provenance d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr en application de l'article L. 531-25, au-delà des cinq premiers jours de rétention dans le seul but de faire échec à l'exécution effective et imminente de la décision d'éloignement ". L'article L. 754-2 de ce code dispose que : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

6. En l'espèce, dans son arrêté portant maintien en rétention suite à demande d'asile en date du 16 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes indique que M. C " n'a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement ". Il ajoute que l'intéressé " a déposé une demande d'asile en date du 11 juillet 2023 clôturée le même jour par l'OFPRA et que la présente demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet ". Il expose enfin " que l'intéressé a introduit précédemment une demande d'asile le 11 juillet 2023 ; que cette demande a été clôturée le même jour par l'OFPRA ; qu'il convient donc de considérer la présente demande d'asile introduite au centre de rétention le 15 novembre 2023 comme un réexamen au titre de l'article L. 531-41 et suivants du CESEDA, placée en procédure accélérée conformément aux dispositions de l'article L. 531-24 du CESEDA ".

7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande d'asile du 15 novembre 2023 n'est pas une demande de réexamen mais une demande de réouverture et que la décision de clôture alléguée par le préfet des Alpes-Maritimes du 11 juillet 2023 n'a pas été notifiée à l'intéressé comme le reconnaît le secrétariat du service introduction, accueil, courrier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un courriel en date du 20 novembre 2023 adressé au centre de rétention administrative. Dans ces conditions, la demande de réouverture ne pouvant pas être regardée comme étant présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, le préfet des Alpes-Maritimes n'était pas en droit de prendre une décision de maintien en rétention de l'intéressé. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur de droit en prenant à son encontre une décision portant maintien en rétention suite à demande d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2023 portant maintien en rétention suite à demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. () ".

10. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une attestation de demande d'asile à M. C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C au titre des dispositions des articles 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé le maintien en rétention de M. C est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une attestation de demande d'asile à M. C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Pasquier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 28 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

B. RINGEVALLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2305668

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