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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305755

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305755

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantLAIFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Laïfa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 octobre 2023 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, de sorte qu'elle est privée de base légale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces le 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2023 à 15 heures 15 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Laïfa, pour M. A, qui maintient les conclusions et moyens énoncés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 3 septembre 2000, a sollicité l'octroi d'une protection internationale le 16 septembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 18 février 2022. Le 19 décembre 2022, sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité. La CNDA a rejeté le recours contre cette décision par une ordonnance en date du 9 juin 2023. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C D, cheffe du bureau des examens spécialisés. Par un arrêté n° 2023-793 du 10 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 241-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les refus de séjour au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'OFPRA et de la CNDA. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a considéré la situation de M. A sous l'angle des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a estimé que l'intéressé ne pouvait être admis à séjourner en France sur l'un ou l'autre de ces fondements. En outre, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, débouté du droit d'asile, est entré récemment en France et ne justifie pas y avoir fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale. Enfin, la circonstance que le préfet aurait omis de donner certains éléments personnels concernant la situation du requérant ne saurait, par elle-même, caractériser une motivation insuffisante de la décision portant refus de séjour. Dans ces conditions, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cette décision en droit comme en fait. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de séjour doit être écarté.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur de fait dès lors qu'il a mentionné qu'il ne justifie pas s'être maintenu de manière individuelle et continue depuis son entrée sur le territoire français, il n'allègue ni ne démontre que cette circonstance aurait été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision en litige et ainsi à entrainer son annulation.

7. En quatrième lieu, M. A soutient être entré en France en 2021 et y résider continuellement depuis cette date. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Albanie, pays où il a vécu la majorité de sa vie, jusqu'à l'âge de vingt ans. En outre, le requérant ne justifie d'aucune insertion socioprofessionnelle. Dans ces conditions, M. A n'établit pas qu'il a créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, M. A invoque à l'encontre de la décision portant refus de séjour le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne en soutenant qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, les demandes d'asile de l'intéressé ont été rejetées par des décisions des 18 février 2022 et 19 décembre 2022 de l'OFPRA. Cette dernière décision a été confirmée par une ordonnance du 9 juin 2023 de la CNDA, laquelle relève que " ses propos restent vagues et peu circonstanciés s'agissant de la découverte de son orientation sexuelle, de son quotidien en Albanie dans un contexte hostile et des circonstances dans lesquelles il aurait décidé de révéler son orientation sexuelle à ses proche ". M. A produit certes une attestation d'adhésion au Centre LBGTQIA+ Côte d'Azur et des attestations de proches relatives à son orientation sexuelle mais ces seules pièces ne peuvent être regardées comme établissant la réalité des risques encourus et des menaces auxquelles il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer opérant à l'encontre de la décision portant refus de séjour, ne peut qu'être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, M. A n'établissant pas que la décision portant refus de séjour serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Laïfa, avocate de M. A, une somme au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Laïfa.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

N. BEYLSLe greffier,

Signé

A. STASSILa République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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