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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305825

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305825

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMme Chaumont
Avocat requérantBESSIS-OSTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, n° 2305825, enregistrée le 23 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 29 novembre 2023, M. A D, représenté par Me F, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 17 novembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de constater l'abrogation de la décision du 17 novembre 2023 portant l'interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet des Alpes-Maritimes ayant pris une nouvelle décision portant interdiction de retour sur le territoire français le 23 novembre 2023, la décision attaquée du 17 novembre 2023 doit être regardée comme ayant été abrogée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II- Par une requête, n° 2305847, enregistrée le 24 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Me F, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les pièces produites par le préfet des Alpes-Maritimes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chaumont, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée,

- et les observations de M. F, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. M. A D, ressortissant géorgien, né le 20 mars 1979, demande l'annulation de la décision du 17 novembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de un an.

2. Les requêtes présentées par M. D, enregistrées respectivement sous les nos 2305825 et 2305847 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4.En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 17 novembre 2023 :

5.Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 23 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Ainsi, cette nouvelle interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de sa notification doit être regardée comme abrogeant implicitement celle en date du 17 novembre 2023, qui n'a reçu aucune exécution. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi :

6.En premier lieu, l'arrêté du 23 novembre 2023 a été signé par Mme B E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, laquelle a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les mesures d'éloignements, les obligations de quitter le territoire français et les interdictions de retour sur le territoire français, en vertu d'un arrêté n° 2023-947 du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 270-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

7.En deuxième lieu, l'arrêté du 23 novembre 2023 mentionne que M. D déclare être entré irrégulièrement en France il y a trois ans, s'y être maintenu sans justifier d'aucune circonstance particulière et fait état d'éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé retenus par le préfet des Alpes-Maritimes. Il indique également que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 août 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 octobre 2021 et qu'il n'a pas exécuté spontanément la mesure d'éloignement prise à son encontre le 20 janvier 2022, confirmée par le tribunal administratif de Nice par un jugement du 8 août 2023. L'arrêté relève enfin que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant.

8.En troisième lieu, aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ".

9.Il ressort des pièces du dossier, notamment des décisions attaquées, que le 23 août 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 octobre 2021, a rejeté la demande d'asile de M. D. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11.Si M. D soutient être présent en France depuis 2019 avec son épouse et leurs quatre enfants, il ne l'établit pas. En effet, les pièces produites au dossier, notamment les certificats de scolarité de ses enfants et les documents médicaux, ne permettent pas d'établir la réalité de sa présence sur le territoire français, notamment pour l'année 2021. Par ailleurs, à la supposée établie, la seule durée de sa présence sur le territoire ne saurait caractériser une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que M. D n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre une vie privée et familiale normale, son épouse étant également en situation irrégulière sur le territoire français. Si M. D soutient que ses enfants devraient renoncer à leur scolarité en France et que son épouse et un de ses enfants devraient renoncer aux soins médicaux dont ils bénéficient en France, d'une part, il n'établit pas que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans des conditions normales en Géorgie, et, d'autre part, il n'établit pas que les traitements médicaux suivis ne seraient pas disponibles dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12.En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13.M. D soutient que les décisions attaquées portent atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants dès lors qu'ils devraient renoncer à leur scolarité en France et, pour sa fille aînée, aux soins médicaux dont elle bénéficie. Toutefois, au regard de ce qui a été dit précédemment au point 10, et alors que les décisions litigieuses n'ont pas pour effet de séparer les enfants de leur père, ni de leur mère, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14.En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

15.D'une part, il est constant que M. D n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours dont il a fait l'objet le 28 juillet 2023. D'autre part, la circonstance que son épouse et sa fille aînée bénéficient d'un suivi médical en France n'est pas de nature à constituer une circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que celles-ci ne pourraient pas bénéficier d'un suivi dans leur pays d'origine. Par ailleurs, il ressort de la décision attaquée que le requérant ne démontre pas la réalité de son séjour en France depuis 2018 et qu'il ne produit aucune pièce de nature à établir l'existence de liens privés ou familiaux noués sur le territoire français ni d'une quelconque insertion sociale. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

16.En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreurs de fait, les erreurs alléguées sont, en tout état de cause, dans les circonstances de l'espèce, sans incidence sur le sens de ladite décision.

17.En troisième et dernier lieu, au regard de ce qui a été dit précédemment aux points 10, 12 et 14, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2305825 est rejeté.

Article 4 : La requête n° 2305847 est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

A-C. CHAUMONT

La greffière,

signé

M. C La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

2 - 2305847

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