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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306286

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306286

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantCHOUMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, M. E C, représenté par Me Chouman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er décembre 2023 jusqu'au rendu de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur son recours.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le droit à l'effectivité des voies de recours ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Soler a été entendu au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 à 14 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité géorgienne, né en 1988, a présenté, le 20 juillet 2023, une demande de réexamen de sa demande d'asile, rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 20 octobre 2023. Il a présenté, le 21 novembre 2023, une demande d'aide juridictionnelle auprès de la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) en vue de contester cette décision. M. C a fait l'objet d'un arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A B, cheffe du bureau des examens spécialisés. Par un arrêté n° 2023-947 du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 270-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme B a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les refus de séjour au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'Ofpra et de la Cnda. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. C et notamment que celui-ci a présenté une première demande d'asile devant l'Ofpra le 13 mai 2019, rejetée par une décision du 29 octobre 2019 non contestée devant la Cnda, puis qu'il a formulé une première demande de réexamen le 20 juillet 2023, rejetée par une décision du 20 octobre 2023, non contestée devant la Cnda à la date de la décision attaquée. Ainsi, alors même que ces motifs ne reprendraient pas le rapport exhaustif des éléments circonstanciés ayant trait au parcours de l'intéressé, éléments au demeurant non précisés, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / () / 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; / () ". Et aux termes de l'article L. 753-7 de ce code : " En cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, l'étranger peut, dans les quarante-huit heures suivant la notification de cette décision, demander au président du tribunal administratif de suspendre l'exécution de éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

8. En l'espèce, d'une part, il ressort de la lecture de la décision de l'Ofpra du 20 octobre 2023 que celui-ci a statué en procédure accélérée sur le fondement du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, M. C ne disposait pas du droit de se maintenir sur le territoire français suite à cette décision. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 753-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent qu'il était loisible à M. C de saisir le tribunal administratif d'une demande de suspension de l'arrêté en litige jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le droit au recours effectif n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français après la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou le droit à l'effectivité des voies de recours. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. En l'espèce, pour désigner le pays à destination duquel M. C doit être reconduit d'office, le préfet des Alpes-Maritimes a précisé que l'analyse, au regard des dispositions citées au point précédent, des risques encourus en cas de retour de l'intéressé dans son pays d'origine, n'a pas fait apparaître que ces risques soient avérés et que la décision de l'Ofpra confirme l'absence de menace suffisamment caractérisée pour remettre en cause un retour vers le pays d'origine. Si M. C soutient qu'il est manifestement menacé sur le territoire géorgien dès lors qu'il fait l'objet d'une persécution de la part des membres de sa famille, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer qu'il ferait personnellement et actuellement l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. En désignant la Géorgie comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté comme tel.

12. En dernier lieu, si le requérant demande à titre subsidiaire à ce que soit suspendue l'exécution de l'arrêté du 1er décembre 2023 jusqu'au rendu de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur son recours, il résulte des dispositions de l'article L. 753-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 6 que ces conclusions doivent faire l'objet d'un recours distinct.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Chouman et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

N. SOLERLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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