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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400072

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400072

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMme Chaumont
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 janvier et le 10 janvier 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ; le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas saisi le collège de médecins pour avis préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chaumont, conseillère, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée,

- les observations de Me Taieb, avocat commis d'office, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien, né le 7 janvier 1975, demande l'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour au titre de l'asile :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 711-1 et suivants dont il est fait application ainsi que la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Cet arrêté mentionne également que M. B déclare être entré irrégulièrement en France, qu'il a présenté une demande d'asile le 31 octobre 2022, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 4 avril 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 août 2023. Il indique également qu'il a introduit une demande de réexamen le 29 novembre 2023 déclarée irrecevable par l'OFPRA le 1er décembre 2023, qu'il est célibataire, père d'un enfant pour lequel il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation et qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 47 ans. L'arrêté relève enfin que la décision n'impose pas à l'intéressé de se séparer de son enfant et qu'elle ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Ainsi, l'arrêté attaqué contient l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. M. B ne démontre pas avoir sollicité une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entendu se prononcer d'office sur l'éventualité d'une mesure de régularisation à ce titre. M. B n'est donc pas fondé à se prévaloir de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'un vice de procédure en ne sollicitant pas l'avis du collège de médecins préalablement à l'édiction de la décision attaquée ni de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour au titre de l'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet ait pris en considération la situation médicale du requérant, alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 5 janvier 2024 par les services de police que M. B avait indiqué être suivi pour des troubles psychiatriques, être atteint de l'hépatite C et suivre un traitement médical pour ses reins. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que, en prenant la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Doivent également être annulées, par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement, les décisions du même jour par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays de renvoi et prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. D'une part, le présent jugement prononçant l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il implique nécessairement que le préfet des Alpes-Maritimes supprime le signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette suppression dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

9. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique également, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet des Alpes-Maritimes munisse l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et procède au réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour et de se prononcer sur la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de procédure :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au bénéfice de Me Taieb, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement de M. B du fichier du système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Taieb, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Taieb et au préfet des Alpes- Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 10 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

A-C. CHAUMONT

La greffière,

signé

V. LABEAU La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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