jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | WW & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, un mémoire enregistré le 19 juin 2024 et un mémoire non communiqué du 19 juillet 2024, la société civile de construction vente Aurjac, représentée par Me Francès et Me Gauthier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le maire d'Auribeau-sur-Siagne a refusé de délivrer à la société Aurjac un permis de construire ayant pour objet la construction de deux immeubles pour la création de 61 logements dont 41 logements sociaux sur une surface plancher de 4044 m2 située route de Saint-Jacques Martelli à Auribeau-sur-Siagne ;
2°) d'enjoindre la commune d'Auribeau-sur-Siagne d'octroyer un arrêté de permis de construire à la société requérante conformément au dossier de demande déposé le 30 août 2023 et enregistré sous le numéro PC00600723E0013 dans le délai d'un moins sous astreinte de 1000 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Auribeau-Sur-Siagne une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'avis conforme du 22 septembre 2023 de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes puisqu'elle a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de l'article L.111-3 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît les règles générales d'urbanisme de l'article L. 111-3 du code d'urbanisme puisque le projet est situé dans une partie urbanisée de la commune ;
- le maire ne pouvait s'estimer en situation de compétence lié par l'avis défavorable du 5 septembre 2023 émis par l'agence routière départementale ;
- le projet ne constitue pas une atteinte à la sécurité publique ;
- la commune n'est pas fondée à opérer une substitution de motifs tiré du non-respect des dispositions de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme ;
- la commune n'est pas fondée à opérer une substitution de motifs tiré du non-respect des dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 mai et le 12 juillet 2024, la commune d'Auribeau-sur-Siagne, représentée par Me Willm, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait droit à la substitution de motif sollicitée et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le moyen sur l'insuffisance de la motivation de la décision contestée est inopérant puisque le maire était en situation de compétence liée, en tout état de cause, la décision est suffisamment motivée ;
- le projet envisagé n'est pas conformément aux dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;
- il n'est pas conforme aux prescriptions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme puisque l'accès des véhicules sur la départementale D609 représente un risque pour la sécurité et qu'il existe un risque d'écoulement des eaux pluviales sur la route départementale ;
- il y a lieu d'opérer une substitution de motif afin de fonder ladite décision sur les dispositions puisque le projet ne respecte pas l'unité paysagère de cette partie urbanisée de la commune ;
- il y a lieu d'opérer une substitution de motif tiré du non-respect de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme puisque le projet ne respecte pas les prescriptions de l'article III.4 du règlement départemental de voirie routière au titre de la gestion des eaux pluviales ;
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 22 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :
- le rapport de M. Bulit, rapporteur,
- les conclusions de Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Frances pour la requérante et de Me Karbowiak pour la commune d'Auribeau-sur-Siagne.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 août 2023, la société Aurjac a déposé une demande de permis de construire enregistrée sous le numéro PC00600723E0013 ayant pour objet la construction de deux immeubles pour la création de 61 logements dont 41 logements sociaux sur une surface plancher de 4044 m2 située route de Saint-Jacques Martelli à Auribeau-sur-Siagne. Par un arrêté du 17 novembre 2023, le maire de la commune d'Auribeau-Sur-Siagne a refusé d'accorder le permis de construire qu'elle demande au tribunal d'annuler.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ". Lorsque la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation. La régularité et le bien-fondé d'un tel avis conforme défavorable ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant l'octroi de l'autorisation d'urbanisme sollicitée.
3. En l'espèce, en l'absence de document d'urbanisme couvrant le territoire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, le maire, s'il était compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme, devait néanmoins solliciter l'avis conforme du préfet en application des dispositions précitées de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme. Ainsi compte tenu de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire d'Auribeau-sur-Siagne du fait de l'avis défavorable conforme du préfet des Alpes-Maritimes du 22 septembre 2023, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée est inopérant et doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Pour l'application de ces dispositions, doivent être regardées comme des parties urbanisées de la commune, celles qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. En dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées, ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
5. La société requérante doit être regardée comme contestant le bien-fondé de l'avis conforme du préfet des Alpes-Maritimes ayant abouti à l'édiction de la décision contestée. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies, que le terrain d'assiette du projet est situé au sein d'une zone boisée. Il se situe au nord du territoire communal, le long de la route de Saint-Jacques, qui constitue l'un des axes principaux de la commune le long duquel s'étire le tissu bâti. Si ce vaste terrain est situé à proximité d'une partie urbanisée de la commune d'Auribeau-sur-Siagne, à savoir le quartier pavillonnaire du Haut-Couloubrier, il en est séparé par la route de Saint-Jacques, qui borde sa partie ouest et qui constitue ainsi une coupure d'urbanisation. De plus, la bastide de style provençal entourée par un vaste parc arboré, située au sud du tènement en cause, ne saurait être regardée comme formant une partie urbanisée de la commune. Par ailleurs, le projet consiste à créer deux bâtiments comportant deux étages et permettant d'accueillir 61 logements d'une surface plancher de 4044 m2 et une emprise au sol totale de 2 018 m2. Ainsi au regard de sa densité et son étendue ce projet a pour effet d'étendre cette partie urbanisée de la commune. Dans ces conditions, compte-tenu de la configuration des lieux en cause et quand bien même ledit terrain serait desservi par l'ensemble des réseaux, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, et le maire de la commune, qui se trouvait en situation de compétence liée, était tenu de refuser la demande du permis de construire de la société requérante.
6. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 3, les moyens soulevés directement à l'encontre de l'arrêté attaqué, qui ne portent ni sur la régularité, ni sur le bien-fondé de l'avis du préfet, sont inopérants et doivent être écartés, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres motifs de l'arrêté attaqué ou la substitution de motifs opposée en défense.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2023
Sur les frais du litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Auribeau-sur-Siagne, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge la société requérante une somme de 1500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Aurjac est rejetée.
Article 2 : La société Aurjac versera à la commune d'Auribeau-sur-Siagne une somme de 1500 (mille cinq-cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Aurjac et à la commune d'Auribeau-sur-Siagne et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
M. Garcia, conseiller,
M. Bulit, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. BULIT
Le président,
signé
G. TAORMINA La greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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