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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400234

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400234

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantAUDOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication par la préfète du Vaucluse de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté par lequel la préfète du Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Vaucluse de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) d'enjoindre à la préfète du Vaucluse de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'il a manifesté sa volonté de demander une protection internationale lors de son audition.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a manifesté sa volonté de demander une protection internationale lors de son audition ;

- elle ne précise pas avec exactitude quelle sera véritablement sa destination de renvoi.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, la préfète du Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 janvier 2024 à 14 h30 :

- le rapport de Mme Soler, magistrate désignée,

- les observations de Me Audoli, représentant M. C, assisté de Mme A, interprète en langue arabe,

- et les observations de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien déclarant être né en 1998, a fait l'objet d'un arrêté par lequel la préfète du Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne à l'administration de communiquer l'entier dossier administratif :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. La préfète du Vaucluse ayant produit, le 17 janvier 2024, préalablement à la tenue de l'audience, les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 () ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention ". Et aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ".

8. Il résulte de ces dispositions législatives, qui transposent la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013, que, hors les cas visés tant à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant l'hypothèse d'un ressortissant étranger placé en rétention qu'au 2° de l'article L. 542-2 du même code concernant certaines demandes de réexamen et les étrangers faisant l'objet d'une procédure d'extradition, que le préfet, saisi d'une demande d'asile, est tenu de délivrer au demandeur l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 précité. Ces dispositions font ainsi nécessairement obstacle à ce qu'il prenne à l'encontre de l'étranger qui en a clairement exprimé le souhait avant un éventuel placement en rétention une quelconque mesure d'éloignement.

9. En l'espèce, M. C soutient qu'il a fait part de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine avant l'édiction de la décision attaquée et qu'il doit ainsi être regardé comme ayant sollicité le bénéfice de l'asile en France. Il ressort de la lecture du procès-verbal d'audition du 14 janvier 2024 que l'intéressé a déclaré avoir des craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il doit de l'argent à quelqu'un et que cette personne le tuerait s'il revient. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 30 juin 2022 et qu'il a été placé en rétention au centre de rétention administrative de Metz le 28 août 2022. A cette occasion, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal du 28 août 2022 à 17h50 qu'il a été informé de ses droits et notamment de la possibilité de contacter France Terre d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à cette occasion, ou entre le 28 août 2022 et la décision attaquée datée du 14 janvier 2024, M. C aurait entrepris des démarches pour demander l'asile en France alors même qu'il était informé de cette possibilité. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit que la préfète du Vaucluse n'a pas regardé M. C comme sollicitant, lors de son audition du 14 janvier 2024, le bénéfice de l'asile en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait manifesté sa volonté de demander une protection internationale lors de son audition.

10. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".

12. En l'espèce, pour désigner le pays à destination duquel M. C doit être reconduit, la préfète du Vaucluse a précisé que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. La légalité de cette décision doit être appréciée au regard des risques encourus par l'étranger dans ce pays. Si M. C soutient qu'il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer qu'il ferait personnellement et actuellement l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. En désignant l'Algérie comme pays de destination, la préfète du Vaucluse n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 3. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 9, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait manifesté sa volonté de demander une protection internationale lors de son audition.

14. En troisième lieu, le requérant soutient que la préfète, en se contentant d'invoquer un " pays d'origine " indéterminé, a porté une atteinte grave à sa situation personnelle en raison du flou de la formule. Toutefois, en précisant que le requérant, ressortissant algérien, sera reconduit à destination de son pays d'origine ou de tout autre pays dans lequel il justifierait être légalement admissible, la préfète a clairement indiqué, dans la décision litigieuse, le pays à destination duquel il sera éloigné. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète du Vaucluse et à Me Audoli.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau de l'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

N. SOLERLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne à la préfète du Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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