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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400378

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400378

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023 au tribunal administratif de Paris, et transmise au tribunal administratif de Nice par ordonnance n° 2324550/12-3 du 19 janvier 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à con encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée.

Le requérant ainsi que le préfet de Police n'étaient ni présents, ni représentés.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 23 octobre 2023, le préfet de police a fait obligation de quitter le territoire français à M. D A, ressortissant albanais né le 26 avril 1976, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police le même jour, le préfet de police a donné à M. C B, adjoint au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A et notamment que celui-ci est entré en France en 2011, qu'il s'y est maintenu irrégulièrement, que son comportement a été signalé aux autorités de police pour violences volontaires sur conjointe, pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et défaut de permis de conduire ainsi que pour détention de faux documents administratifs. Ainsi, alors même que ces motifs ne reprendraient pas le rapport exhaustif des éléments circonstanciés ayant trait au parcours de l'intéressé, éléments au demeurant non précisés, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

6. M. A soutient que l'arrêté méconnaitrait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de Police a estimé qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français au motif que celui-ci ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dans ses écritures, a déclaré vivre à Villeneuve-Loubet alors qu'il a déclaré une adresse à Cannes en audition. En outre, il ne produit aucune pièce justifiant d'une résidence effective et permanente en France. Ainsi, s'il établit avoir remis ses documents d'identité ou de voyage aux autorités françaises, il n'en demeure pas moins que le requérant est dans l'incapacité de démontrer l'existence d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, seule circonstance sur laquelle s'est fondé le préfet de police pour estimer que le risque de fuite pouvait être regardé comme établi. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas le motif de menace à l'ordre public retenu qui apparaît établi au regard des motifs de son interpellation. Par suite, le préfet de police pouvait, sans méconnaitre les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent ainsi être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. En se bornant à soutenir que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation personnelle, en n'étayant pas plus ses écritures, le requérant ne permet pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé des moyens soulevés. En particulier, s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, le requérant ne se prévaut d'aucune attache en France et n'établit pas, ni même ne soutient, encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Les moyens soulevés par le requérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ne peuvent ainsi qu'être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de tout ce qui vient d'être dit que les décisions sur lesquelles se fonde l'interdiction de retour sur le territoire français ne sont entachées d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Pour prendre à l'encontre de M. A une interdiction de retour d'une durée de 36 mois, le préfet de police a estimé que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public, ce dernier ayant été interpellé en raison de violences volontaires sur conjointes par une personne ivre, conduite sous l'emprise d'un état alcoolique, défaut de permis et détention de faux documents administratifs et qu'il ne pouvait se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Le requérant ne conteste pas les motifs ainsi retenus par le préfet de police et se contente de soutenir que la durée de l'interdiction n'est pas justifiée dès lors que le préfet de police n'a pas renseigné la circonstance qu'il a déjà fait l'objet, ou non, d'une mesure d'éloignement. Toutefois, aucune disposition légale ou réglementaire n'impose qu'un étranger ait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour qu'il soit pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Il est constant que le requérant a été interpellé pour des faits de violences conjugales, de conduite sous l'emprise d'un état alcoolique, de défaut de permis de conduire et de détention de faux documents administratifs de sorte que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant, qui soutient être en France depuis l'année 2000 n'a apporté aucun élément tendant à démontrer l'existence de liens anciens et forts avec la France. Par suite, en prenant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois, le préfet de police n'a pas pris de décision disproportionnée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Police.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'association service social familial migrants.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MOUTRY

Le greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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