mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme KOLF |
| Avocat requérant | CHKIOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 et 30 janvier 2024, M. A I E, se disant M. C B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Dridi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de mettre fin à son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision de placement en rétention est illégale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire étant illégale, les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour le sont également par conséquent et devront être annulées par voie d'exception d'illégalité ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,
- et les observations de Me Della Suda, substituant Me Dridi, représentant M. E, assisté de Mme H, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 15 janvier 2000 et se disant M. B né le 15 janvier 2007, a fait l'objet d'un arrêté en date du 27 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 212-3 du même code : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision ".
5. L'arrêté attaqué a été signé électroniquement, pour le préfet des Bouches-du-Rhône, par Mme G D, sous-préfète de permanence à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par arrêté n° 13-2023-10-10-00005 du 10 octobre 2023 également signé électroniquement, publié au recueil des actes administratifs, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Bouches-du-Rhône les mesures d'éloignement, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Les signatures électroniques de ces actes administratifs, autorisées par les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment l'article L. 611-1 de ce code, et précise notamment que M. E, qui déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français, n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
8. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de l'audition de M. E par les services de police le 26 janvier 2024, que ce dernier a été mis à même de présenter ses observations sur la perspective de son éloignement vers son pays d'origine. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que M. E n'aurait pas, ainsi qu'il en aurait fait la demande, été assisté d'un avocat lors de son audition, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire manque en fait et doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans () ". Ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle allèguerait être mineure. Elle implique en revanche que le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, ce doute doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est connu des autorités françaises sous deux identités différentes, M. C B, né le 15 janvier 2007, et M. A I E, né le 15 janvier 2000, identité sous laquelle il est également identifié par l'état civil de son pays d'origine. Il ressort en outre des pièces versées à la procédure par la préfecture des Bouches-du-Rhône que les services départementaux ont conclu, à l'issue d'une évaluation de minorité, à sa majorité. M. E, dont les déclarations semblent fluctuantes à propos de son identité au fil des auditions par les services de police, déclarant notamment s'être présenté, lors de son arrivée en Italie, comme étant âgé de 21 ans, ne produit au soutien de ses écritures aucun commencement de preuve quant à sa prétendue minorité. Il ne produit notamment pas l'acte de naissance dont il se prévaut dans sa requête. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet des Bouches-du-Rhône, en considérant que le requérant était né le 15 janvier 2000 et qu'en conséquence il n'était pas protégé par les dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu ces dispositions. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était pas tenu de soumettre M. E à une nouvelle évaluation de minorité, aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle en considérant qu'il était majeur à la date de la décision attaquée.
11. En cinquième lieu, M. E ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire litigieuse, de l'illégalité de son placement en rétention, qui constitue une décision distincte. Ce moyen devra donc être écarté comme étant inopérant.
12. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
13. En septième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, faisant référence aux dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indiquant qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'intéressé et mentionnant notamment l'absence de preuve de l'ancienneté du séjour en France du requérant et sa situation personnelle et familiale. Dès lors, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
14. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Si le préfet doit tenir compte pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.
15. D'une part, M. E ne saurait utilement se prévaloir de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône n'établirait pas qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'un tel motif n'a pas été retenu pour fonder la décision litigieuse. D'autre part, à supposer même qu'il n'ait fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure, M. E ne s'est prévalu dans ses écritures et à l'audience d'aucune insertion particulière ni d'aucun lien personnel en France. Dans ces conditions, et alors que le requérant fait valoir être arrivé en France en 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux années, dont la durée n'est pas disproportionnée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A I E, se disant M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 30 janvier 2024.
La magistrate désignée,
signé
S. KolfLa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026