vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme BERGANTZ |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 février 2024, M. B A, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre à jour le système d'information Schengen en procédant à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin aux mesures de surveillance prévues à son encontre en cas d'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Oloumi, son avocat, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que sa demande de renouvellement de son titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été examinée ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace grave, réelle et permanente pour l'ordre public ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- cette décision n'est pas motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est père de trois enfants français et est atteint du VIH ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- il justifie de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- il n'est pas justifié de la nécessité de cette mesure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bergantz, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, magistrate désignée, qui a indiqué que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le juge était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du magistrat désigné pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui relèvent de la formation collégiale ;
- et les observations de Me Oloumi, représentant M. A, qui conclut, par les mêmes moyens, aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant cap-verdien né le 22 janvier 1984, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour détenu sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'étranger malade. Il demande l'annulation de l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, l'a informé de son inscription dans le système d'information Schengen et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du magistrat désigné :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
5. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.
6. M. A a été assigné à résidence par une décision du préfet des Alpes-Maritimes en date du 1er février 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du même jour obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er février 2024 refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, sur les conclusions accessoires aux fins d'injonction qui s'y rattachent et sur les conclusions relatives aux frais de cette instance. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
Quant à l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-2 de ce code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ".
8. Pour refuser de renouveler le titre de séjour dont M. A bénéficiait pour raisons médicales, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions citées au point précédent en estimant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il avait été condamné le 28 octobre 2013 par le tribunal correctionnel de Nice à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de trois ans pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, le 20 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et le 17 juin 2019 par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que l'intéressé était par ailleurs " défavorablement connu des services de police " à raison de signalements, entre le 23 juin 2019 et le 25 octobre 2023, pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, de menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, de menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, et de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Compte tenu du caractère répété des faits commis, de leur gravité et, pour les derniers, de leur caractère récent, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public et en lui refusant, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui est dit au point précédent que l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature en l'espèce à faire échec aux dispositions de l'article L. 425-9 du même code, qui prévoient la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger " dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché d'un défaut d'examen au regard de ces dernières dispositions ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, il résulte de ce qui précède que M. A ne justifie pas remplir les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes, avant de se prononcer sur sa demande de renouvellement de titre de séjour, n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 que le requérant n'établit pas que la décision de refus de séjour serait illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
Quant aux autres moyens :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
14. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Par suite, la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
15. En second lieu, M. A soutient qu'il est père de trois enfants de nationalité française. Toutefois, et alors qu'il ressort seulement des pièces du dossier qu'il est père d'un premier enfant né le 3 février 2018 qu'il a reconnu le 7 janvier 2020 et d'un second enfant né le 20 novembre 2022 qu'il a reconnu le 30 mars 2023, le requérant ne justifie nullement qu'il vivrait avec eux ou contribuerait à leur éducation et à leur entretien. En outre, si M. A se prévaut de ce qu'il est atteint du VIH et qu'il bénéficie d'un traitement antiviral, il n'établit pas que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de santé de son pays d'origine, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Par suite, et à supposer qu'un tel moyen soit soulevé, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Elle comporte, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A avant de prendre cette décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet doivent être écartés.
17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 15 que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour. En outre, pour le même motif, le préfet des Alpes-Maritimes, en prononçant une interdiction de retour d'une durée de trois ans, n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
21. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".
22. Si M. A soutient qu'il ne peut retourner au Cap-Vert dès lors qu'il n'y aura pas accès au traitement du VIH dont il est atteint, il n'assortit ce moyen d'aucune précision ou pièce. Dès lors, il n'établit pas l'existence d'un risque réel, sérieux et actuel de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :
23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.
24. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). ".
25. Il est constant que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé. En se bornant à soutenir que la nécessité de la mesure n'est pas établie, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 1er février 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, les conclusions accessoires aux fins d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de cette instance sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nice.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. Bergantz
La greffière,
signé
H. Diaw La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026