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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401201

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401201

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantLE GARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er mars 2024 et 6 mars 2024, M. B A, représenté par Me Le Gars, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes Maritimes de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, donnant acte à celui-ci de ce qu'il renonce en ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour pendant deux ans est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense mais une pièce, enregistrée le 22 avril 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ringeval, magistrat désigné,

- et les observations de Me Le Gars représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne né le 5 novembre 1984, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 18 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ".

4. L'arrêté attaqué comporte l'ensemble des motifs de droit et de fait au regard desquels le préfet des Alpes-Maritimes a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français sans qu'ait d'incidence sur sa légalité la double absence de mention quant à ses conditions d'existence depuis son entrée en France il y a bientôt huit ans et d'information sur les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. La décision attaquée précise que l'intéressé est entré sur le territoire en février 2017 et s'y est irrégulièrement maintenu. Le préfet des Alpes-Maritimes n'est pas tenu, par ailleurs, de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'autorité administrative a refusé d'accorder à M. A un délai de départ volontaire en se fondant sur les dispositions des 7° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 28 février 2024 pour avoir fait usage d'un faux permis de conduire alors qu'il exerce une activité de chauffeur-livreur. M. A doit donc être regardé comme ayant fait usage d'un document falsifié au sens du 7° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a pu, pour ce seul motif, estimer qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, ne peut qu'être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " En application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

7. Pour fonder sa décision portant interdiction de retour pendant deux ans, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'entrée en France de M. A en février 2017, sur son absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français ainsi que sur la menace pour l'ordre public que représente son comportement sur le territoire français. Si le requérant fait valoir qu'il justifie résider habituellement en France depuis fin 2016, il se borne s'agissant de l'année 2023 à produire un devis pour des soins dentaires du 24 février 2023 et un reçu de paiement du même jour, un avis de prélèvement Axa du 4 mai 2023 et un courrier du 5 mai 2023 accompagnant l'envoi de la carte verte d'un véhicule. En outre, aucun bail n'est produit pour la période entre le 31 août 2021 et le 1er septembre 2023. De même, la double circonstance qu'il a été marié à une ressortissante française avec laquelle il a mené une vie commune pendant plus de deux ans et qu'il a, depuis plusieurs années, une activité de chauffeur-livreur, laquelle est exercée sans permis de conduire, ne lui ouvre pas un droit au séjour. Il est constant qu'il est célibataire et sans enfant et que sa famille réside en Algérie. Enfin, à supposer que le préfet des Alpes-Maritimes ait regardé à tort les faits de violences commises sur son ex-épouse et l'usage d'un faux permis de conduire comme constitutifs d'une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables de M. A sur le territoire français. Par suite, c'est sans commettre une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation que l'autorité administrative a pu édicter à l'encontre de l'intéressé la décision portant interdiction de retour pendant deux ans.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Le Gars.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

B. RINGEVALLa greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2401201

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