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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401335

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401335

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantNASSOUR MARIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024, M. E B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 du préfet du Var en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de mettre fin à son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation expresse de ce dernier au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il demande la production de la permanence du signataire des décisions ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de base légale dès lors que le préfet aurait dû se fonder sur les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prolonger la décision d'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait déjà l'objet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 à 15 heures 00 :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Sana, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande en outre l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, au motif que M. B dispose d'attaches en France et ne représente pas une menace pour l'ordre public.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 16 août 1997, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Var en date du 11 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté litigieux :

2. La décision attaquée a été signée par Mme A D, sous-préfète chargée de mission, secrétaire générale adjointe, qui a reçu délégation à cet effet du préfet du Var, par arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs n° 156 de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, tous les actes et décisions en matière de police des étrangers. Dans ces conditions, à supposer que M. B entende soulever un moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision litigieuse, il manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

4. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet du Var pouvait, pour ce seul motif, l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que le motif surabondant tiré de la menace pour l'ordre public serait entaché d'erreur d'appréciation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que M. B ne représenterait pas une menace pour l'ordre public doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. M. B, qui fait valoir être entré en France en 2019, soutient à l'audience travailler sur le territoire français et y entretenir une relation conjugale avec une ressortissante belge. Toutefois, il n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations au demeurant très peu circonstanciées. Il ressort en outre des termes de l'arrêté litigieux, non contestés, que les parents, grands-parents et frères du requérant vivent dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 17 octobre 2020. Par suite, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision serait contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Enfin, en application de l'article L. 612-11 de ce code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

8. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. D'une part, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet du Var n'a pas prolongé la durée d'une précédente interdiction de retour mais a édicté à l'encontre de M. B une nouvelle décision portant interdiction de retour sur le territoire français assortissant la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet concomitamment le 11 mars 2024. Par suite, il a pu se fonder sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas été assortie d'un délai de départ volontaire, et n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

10. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B, qui fait valoir résider en France depuis cinq années sans pour autant en justifier, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des liens personnels et familiaux qu'il entretiendrait en France, tandis qu'il ressort des termes de la décision attaquée, qui ne sont pas contestés, que les membres de sa famille (parents, grands-parents et frères) résident en Algérie. Par ailleurs, ainsi qu'il a déjà été dit, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu en France irrégulièrement en se soustrayant à l'exécution d'une première mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. Enfin, le préfet du Var relève qu'il a été interpellé pour des faits de viol sur mineur. Dans ces conditions, et alors même que M. B n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale pour les faits au sujet desquels il a été interpelé, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E B et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. KolfLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet du Var ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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