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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401687

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401687

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Hmad Hajer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 26 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense déposé le 29 mars 2024, le préfet des Alpes-Maritimes représenté par la Selarl Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Hmad Hajer, représentant M. A ;

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A, ressortissant tunisien né le 25 octobre 1996, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé. En particulier, l'arrêté mentionne que M. A a déclaré être entré en France 2007 sous couvert d'un visa, qu'il a obtenu une carte de résident en 2014 qui lui a été retiré en 2020, qu'il était titulaire d'une carte de séjour d'août 2020 à août 2021, qu'une décision de refus de séjour lui a été notifiée le 8 décembre 2023, qu'il est célibataire, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant et qu'il a été condamnée à des peines d'emprisonnement à huit reprises. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient être entré en France en 2007 avec sa mère et ses cinq frères et sœurs alors qu'il était âgé de 10 ans. Le requérant verse au dossier des bulletins de notes et certificats de scolarité justifiant sa présence pour certains trimestres à compter l'année scolaire 2009-2010 et de manière continue à compter de l'année 2015 jusqu'en août 2016. Toutefois, à compter de cette date, le requérant ne démontre pas de présence stable et continue en France, quand bien même il a fait l'objet de condamnations à des peines d'emprisonnement à huit reprises, qu'il avait obtenu une carte de résident en 2014 qui lui a été retirée en 2020, ainsi qu'il en ressort des termes de l'arrêté attaqué sans que cela ne soit contredit par M. A et qu'il était titulaire d'une carte de séjour valable d'août 2020 à août 2021. Par ailleurs, M. A est célibataire et s'il justifie être père d'un enfant français qu'il n'a reconnu que deux ans après sa naissance, il ne justifie pas contribuer à son entretien et son éducation. En outre, si M. A se prévaut de la présence en France de la majorité des membres de sa famille, il ne démontre pas la réalité des liens familiaux allégués. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionné à sa vie privée et professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. D'une part, dans la mesure où l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas démontrée, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. Il ressort des termes de l'arrêté du 26 mars 2024 que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que M. A représentait une menace pour l'ordre public et que le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement devait être considéré comme établi.

8. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A ne conteste pas avoir fait l'objet de huit condamnations dont l'une d'une durée d'un an d'emprisonnement pour des faits de rebellions commis en réunion, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique. D'autre part, le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que M. A n'était pas détenteur de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il se maintient sur le territoire français de manière irrégulière depuis le 8 décembre 2023 et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Si le requérant soutient que le risque de se soustraire à la mesure d'éloignement n'est pas caractérisé dès lors qu'il était titulaire d'un titre de séjour, d'un passeport en cours de validité, qu'il justifie d'une adresse stable, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses affirmations. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. D'une part, dans la mesure où l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas démontrée, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour pour un durée de deux ans.

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. En application des dispositions précitées, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. En se bornant à soutenir que l'intégralité des membres de sa famille résident en France de manière régulière ou sont de nationalité française, cette circonstance, à la supposer établie, ne peut être regardée comme des circonstances humanitaires justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a relevé que la présence en France de M. A constitue un risque pour l'ordre public au regard des multiples condamnations dont il a fait l'objet, que le requérant a déclaré être entré en France en 2007 et qu'il est célibataire et père d'un enfant français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre d'une durée de deux ans présenterait un caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais de procédure :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 29 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUROUXLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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