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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401833

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401833

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 et le 8 avril 2024, M. A B, représenté par Me Mba Nze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Turquie comme pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Mba Nze en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'illégalité externe dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation et n'a pas tenu compte du dépôt de sa demande de réexamen au titre de l'asile ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de la directive n° 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil concernant les normes relatives aux conditions d'octroi d'une protection internationale ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 33 de la convention de Genève ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 6 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays à destination duquel M. B, ressortissant turc né le 30 juillet 1997, sera reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire national. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1°) Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'artilce L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article : / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / 2° Lorsque le demandeur : a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; / d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre Etat, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a introduit une demande d'asile laquelle a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 août 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. B, alors qu'il était en détention, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes qu'il soit procédé à un réexamen de sa demande d'asile par courrier du 27 février 2024, envoyé le 29 février et réceptionné le 4 mars 2024 par la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, et alors qu'il s'agissait d'une première demande de réexamen de sorte que M. B devait être regardé comme bénéficiant d'un droit au maintien sur le territoire français en application des dispositions des article L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la demande était présentée antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, décider que M. B serait reconduit à destination de la Turquie, son pays d'origine, avant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'ait statué sur sa demande de réexamen.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 avril 2024.

Sur les frais de l'instance :

6.Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50%, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide () ".

7.Pour l'application de ces dispositions, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 doivent émaner d'une partie à l'instance et pour son bénéfice exclusif. Ce n'est ainsi que dans le cas où une partie a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle que son conseil peut solliciter le versement d'une somme à son profit mise à la charge de la partie perdante sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par conséquent, les conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné à verser à Me Mba Nze, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République de Nice.

Lu en audience publique le 9 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MOUTRY

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation, la Greffière,

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