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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402866

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402866

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Chevalier
Avocat requérantDELLA SUDDA PERRINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 et 31 mai 2024, M. B A retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Della Sudda demande au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet du Var la communication de son entier dossier ;

2°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

4°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et ne présente aucun risque de fuite ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision portant interdiction de retour sur le territoire l'est également et devra être annulée par voie d'exception ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024 à 14 heures 45 :

- le rapport de Mme Chevalier, magistrate désignée,

- et les observations de Me Della Sudda, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 5 novembre 2002, a fait l'objet d'un arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la communication par le préfet du Var de l'entier dossier de M. A :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var. Par un arrêté n°2024/14/MCI du préfet de ce département du 12 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°83-2024-069 du même jour, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les actes, décisions et arrêtés en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet s'est fondé. En particulier, la décision vise les dispositions du 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne notamment qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire à une date indéterminée, qu'il n'a accompli aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative et qu'il est défavorablement connu des services de police. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

8. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, M. A ne fait état d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait été susceptible d'influer sur le principe de la mesure en litige ou ses modalités. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. M. A soutient que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est en couple avec une ressortissante française avec qui il attend un enfant et souhaite se marier. Toutefois, il ne produit au soutien de ses allégations aucune preuve de leur vie commune, la seule production de documents médicaux relatifs à la grossesse de Mme C et d'une attestation sur l'honneur de cette dernière ne permettant pas d'établir ni la réalité de leur relation, ni qu'il serait le père de l'enfant à naître. En outre, il ne produit aucun document permettant de justifier d'une insertion sur le territoire. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son entrée en France, datant de 2021, est récente et qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 30 juin 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits des l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public; / () "

13. En l'espèce, la mesure d'éloignement attaquée a été prise sur le fondement du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que, d'une part, il ne peut justifier d'une entrée régulière en France et est dépourvu de titre de séjour, et d'autre part, il constitue une menace pour l'ordre public étant défavorablement connu des services de police. A supposer même que les signalements pour des faits notamment de vol, de détention et cession de stupéfiants puissent, en raison de leur caractère relativement ancien et du fait qu'ils n'aient donné lieu à aucune condamnation pénale, permettre de ne pas regarder le comportement de M. A comme constitutif d'une menace à l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet du Var aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur le 1° de l'article 611-1, motif dont le bien-fondé n'est pas contesté par le requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public doit être écarté.

14. En sixième lieu, au regard des motifs exposés aux points 10 à 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".

16. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Var s'est fondé, d'une part, sur le fait que M. A ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, d'autre part, sur le fait qu'il a expressément manifesté son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet. Le requérant ne conteste pas ces motifs. Il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet se serait fondé sur le fait que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'entre dans aucune des hypothèses justifiant le refus de délivrance d'un délai de départ volontaire. La circonstance que son comportement actuel n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public, à supposer que tel soit le cas, sur la régularité de cette décision, le préfet du Var ne s'étant pas fondé sur ce motif pour caractériser le risque de fuite de l'intéressé.

17. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 6 à 14 que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire.

18. En neuvième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Var et à Me Della Sudda.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 31 mai 2024

La magistrate désignée,

signé

C. ChevalierLa greffière,

signé

A. Bahmed

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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