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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403564

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403564

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantMANCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au profit de son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa qualité de demandeur d'asile en Espagne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle dans la mesure où, ayant demandé l'asile en Espagne, il ne pouvait seulement que faire l'objet d'une décision de transfert vers cet Etat ;

- pour les mêmes raisons, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève, les dispositions de l'article 17 alinéa 2 du règlement UE n° 603/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, celles de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'avis n° 371994 du Conseil d'Etat ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement UE n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 à 14 heures 45 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- les observations de Me Mancel, avocate de permanence désignée par le bâtonnier, pour M. B, qui reprend les faits, conclusions et moyens développés dans la requête,

- et les réponses de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, aux questions du magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 31 décembre 2001, a été condamné, par un jugement rendu le 25 août 2021 par le tribunal correctionnel de Toulon, à une peine d'interdiction temporaire du territoire français d'une durée de trois ans. Par un arrêté du 29 juin 2024, le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé en exécution de cette peine. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire de trois ans prononcée le 25 août 2021 par le tribunal correctionnel de Toulon. Cette même décision indique, en outre, que l'intéressé ne justifie pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30 et 131-30-2 du code pénal ". En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. D'une part, il est constant que M. B a fait l'objet d'une interdiction judiciaire de retour sur le territoire d'une durée de trois ans prononcée par le tribunal correctionnel de Toulon. Le préfet du Var a, par la décision litigieuse, fixé, comme il était tenu de le faire pour pourvoir à l'exécution de cette décision du juge judiciaire, la Tunisie comme pays de destination.

7. D'autre part, si M. B se prévaut de craintes en cas de retour en Tunisie, il ne produit aucun élément circonstancié de nature à caractériser l'existence d'un tel risque. Au demeurant, ses allégations apparaissent peu crédibles au regard des motivations économiques de son entrée sur le territoire. Il ressort en effet de son audition par les services de police, le 29 juin 2024, qu'interrogé sur les motivations qui l'ont conduit à quitter son pays d'origine, M. B a répondu : " je suis parti de Tunisie parce que j'avais arrêté l'école et ma famille n'avait pas d'argent ". Il a confirmé au cours de l'audience publique qu'il a quitté la Tunisie pour des raisons économiques et qu'il n'encourt aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant ne justifie pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées en Tunisie, ou qu'il y serait personnellement exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

8. En troisième lieu, dès lors que la décision en litige n'a pas été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'entrait pas dans le champ d'application de ces dispositions mais de celles de l'article L. 572-1 du même code, relatives au transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle au motif qu'il aurait dû faire l'objet d'une décision de remise aux autorités espagnoles dans le cadre de la procédure dite " Dublin ".

9. En quatrième et dernier lieu, si M. B soutient être demandeur d'asile en Espagne, il n'a produit aucune pièce de nature à établir l'existence de cette demande d'asile et ses allégations apparaissent peu crédibles au regard des motivations économiques de son entrée sur le territoire. En outre, lors de son audition par les services de police le 29 juin 2024, il n'a pas fait état d'une demande d'asile effectuée auprès des autorités espagnoles. Le requérant n'a, au demeurant, jamais exprimé sa volonté d'être reconduit vers l'Espagne. L'intéressé ne justifiant pas de sa qualité de demandeur d'asile en Espagne ou dans un autre Etat de l'espace Schengen, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 31-2 de la convention de Genève ni de l'article 17 alinéa 2 du règlement UE n° 603/2013.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. B une somme au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mancel et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 4 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

N. BEYLSLa greffière,

signé

A. BAHMEDLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N° 2303564

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