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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404036

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404036

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet et 28 novembre 2024, M. C B représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé sa demande d'admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce en ce cas et par avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 et 20 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable comme étant tardive ;

- les moyens ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Bonnet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né le 4 janvier 1983 à Heroumbili Hamahamet (Comores), a sollicité du préfet des Alpes-Maritimes son admission exceptionnelle au séjour le 24 novembre 2023. Par un arrêté du 19 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 19 avril 2024 a été signé par M. A E, chef du pôle contentieux, lequel a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, l'ensemble des décisions contestées, en vertu d'un arrêté n° 2023-947 du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 270-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige du 19 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment l'article 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 435-1. L'arrêté mentionne que M. B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail le 10 septembre 2021. Il fait état, en outre, d'éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé retenus par le préfet des Alpes-Maritimes et notamment qu'il allègue être en concubinage avec Mme D, sans pour autant attester d'une communauté de vie, et au titre de la situation professionnelle, qu'il ne justifie d'aucune activité depuis son arrivée sur le territoire national, et qu'il dispose de promesses d'embauches. Enfin, l'arrêté mentionne que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne fait état d'aucun motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient résider en France depuis son entrée sur le territoire national en 2015, la seule production d'une attestation d'hébergement depuis 2019 et d'un certificat médical en 2021, ne saurait établir l'existence d'une résidence habituelle et continue depuis 2015. Par ailleurs, si le requérant allègue être en situation de concubinage avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'en septembre 2024, il ne justifie que d'une communauté de vie récente, depuis août 2024. Si un enfant est né de cette relation, en juin 2024, il ne peut se prévaloir utilement de cette circonstance, intervenue postérieurement à la date de la décision attaquée. En outre, il ne justifie d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France et ne démontre pas qu'il en serait dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 32 ans selon ses déclarations. Enfin, si M. B se prévaut, au titre de sa vie professionnelle, d'une promesse d'embauche de la société SAS SNIRINA, cet élément ne saurait caractériser l'existence d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bonnet et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur .

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Sorin, présidente,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025

La présidente-rapporteure, L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

G. SORIN L. RAISON

La greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2404036

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