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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404748

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404748

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantS.E.L.A.R.L. VINCENT-HAURET-MEDINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, la société civile immobilière Roc et Mer, représentée par Me Lacrouts, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 août 2024 par laquelle, le maire d'Eze a retiré le permis de construire n° PC 006 059 23 S 0025 qu'il avait accordé le 21 mai 2024 l'autorisant à rénover une villa existante sise dite ville, 13 avenue de la Liberté et à réaliser une extension en sous-sol, à changer le revêtement de la piscine, à rénover des terrasses, à modifier les façades, et à démolir le jacuzzi et la cuve à gaz ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Eze et de l'Etat, à chacun, une somme de 3000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

1°) s'agissant de la condition d'urgence :

- à la suite de l'obtention du permis de construire, la requérante a signé plusieurs contrats, tout en engageant un certain nombre de dépenses qui se rapportent plus globalement à ce projet de rénovation de la villa ;

- la requérante a également débuté les travaux en mettant en œuvre l'autorisation accordée, et s'agissant d'un projet portant, pour l'essentiel, sur une réécriture architecturale des façades d'une construction existante et de terrasses, il ne saurait lui être reproché de les avoir entrepris, ni d'avoir signé les contrats permettant l'intervention des professionnels recrutés pour mettre en œuvre le permis initialement accordé ;

2°) s'agissant de l'existence d'un doute sérieux, quant à la légalité de la décision attaquée :

- le projet initialement autorisé s'emplace dans un espace urbanisé ne relevant pas de ceux protégés par l'article L.121-4 concernant les espaces remarquables et caractéristiques du littoral ; les observations préfectorales ont été motivées par le fait que le tènement du projet s'inscrit à l'intérieur d'un périmètre délimitée par la partie graphique de la directive territoriale d'aménagement comme appartenant à un " espace proche du rivage au sein d'un espace remarquable partie terrestre " où " c'est le principe d'inconstructibilité qui prévaut " ; or, si le projet est proche du rivage, au contact direct de la mer Méditerranée, il n'est pas situé au sein d'un espace terrestre remarquable du littoral ; il ressort de la comparaison avec la planche PCMI 1 de la demande de permis, que la propriété se trouve dans la zone laissée blanche au contact de la mer ; au niveau de la basse corniche M6098, le projet est situé avant le port privé Silva Maris quand on part de Nice en direction d'Eze ; la propriété est localisée au niveau du renflement du Cap Roux qui n'est pas recouvert de bleu avec des petits points bleus répertoriés par le cartouche de la directive territoriale d'aménagement comme étant ''espace remarquable partie terrestre'' ; les parcelles Section BE n° 204 et 205P sont situées dans les espaces urbanisés de la commune d'Eze ; une zone non naturelle ne pouvant être considérée comme un espace remarquable, une parcelle déjà bâtie n'en fera jamais partie ; le projet se situe dans la zone UFb3 du plan local d'urbanisme métropolitain, qui est une zone pavillonnaire ; or, quand une parcelle dépend d'une zone urbaine d'un plan local d'urbanisme, il n'y a pas la place pour une qualification d'espaces remarquable ; la villa existante apparaît sur le plan cadastral informatisé datant de 1963 disponible en ligne auprès des archives départementales de sorte qu'elle bénéficie d'une existence légale antérieure à la directive territoriale d'aménagement approuvée par décret n° 2003-1169 du 2 décembre 2003 ; cette antériorité démontre bien que la ''carte littoral'' ne pouvait inclure cette propriété parmi les parties terrestres des espaces remarquables bénéficiant d'une protection au titre de la ''loi littoral'', puisque les lieux sont altérés de longue date ;

- les dispositions protectrices du littoral ne sauraient régir le sous-sol lorsqu'il est question d'une extension en sous-œuvre d'une construction existante ; c'est au prix d'une erreur de droit que le Préfet a considéré que le projet initialement autorisé méconnaît les articles

L.121-24 et R.121-5 du code de l'urbanisme qui ne sauraient s'appliquer en l'espèce, s'agissant d'un projet sur existant sans aucune création d'emprise nouvelle, avec une extension en sous-œuvre dans une zone pavillonnaire déjà bâtie à proximité immédiate d'autres constructions.

Par mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024, la commune d'Eze, représentée par Me Hauret, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Roc et Mer à lui payer la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

1°) s'agissant de la recevabilité de la requête :

- ni la société requérante, ni ses dirigeants ne démontrent leur qualité pour agir ;

- la société requérante ne démontre pas son intérêt pour agir ;

- l'urgence n'est pas démontrée, s'agissant du retrait d'un permis de construire qui est attaqué ; le pétitionnaire s'est à tort, hâté à commencer les travaux sans attendre l'issue du contrôle de légalité ;

2°) s'agissant de l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

- celle-ci a été prise, suite à l'exercice de son contrôle de légalité par le préfet des Alpes-Maritimes qui a considéré que le permis de construire par elle délivré était illégal ;

- il est indiscutable que les travaux d'extension seront irréversibles dans un espace terrestre remarquable et caractéristique du littoral qu'il y a lieu de préserver en application des articles L.121-23, L.121-24 et R.121-5 du code de l'urbanisme ;

- le pétitionnaire n'est pas fondé à soutenir que la directive territoriale d'aménagement ne pouvait classer ses parcelles en espace terrestre remarquable ; aucun des aménagements projetés n'est possible au sens des dispositions de l'article R.121-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une simple réfection de l'existant ; il n'est nullement question d'autoriser la simple restauration d'un bâtiment emblématique ; le préfet ne s'y est pas trompé en précisant que seule une simple rénovation au titre d'une restauration eut été possible en application de l'article R.121-5 précité, ce qui n'était pas le cas du projet ;

- aucune construction n'est rendue possible en zone rouge du plan de prévention des risques mouvement de terrain (''PPRMT'') applicable (art. II.2 du PPRMT) ; or, les constructions projetées dans un tel site, classé Rouge au plan de prévention des risques mouvement de terrain emporte un risque pour la sécurité des biens et des personnes et ne pouvaient être autorisées sans méconnaître les dispositions combinées de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme et du titre II article II.2 du plan de prévention des risques mouvement de terrain.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 août 2024, sous le numéro 2404741 par laquelle la société Roc et Mer demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 :

- le rapport de M. Taormina, vice-président ;

- et les observations de Me Lacrouts pour la société Roc et Mer, de Me Hauret pour la commune d'Eze, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En l'espèce, s'il est fait état par la société requérante, de contrats de travaux signés, de dépenses engagées et de l'exécution de certains travaux, les travaux en cours peuvent être interrompus et reportés jusqu'à ce que le tribunal statue au fond et en l'absence de travaux. Quant aux travaux déjà réalisés au titre du permis délivré le 21 mai 2024, il n'est pas contesté qu'ils l'ont été alors même que le préfet contestait la légalité de cette autorisation de bâtir dès le 11 juin 2024 et que la requérante ne conteste pas qu'elle en était informée, le tout en un temps très voisin de la délivrance dudit permis. Elle ne conteste pas davantage que, comme l'invoque la commune d'Eze, dès le 11 juillet 2024, le conseil du pétitionnaire s'adressait au préfet, alors même que les travaux avaient débutés. Dès lors, la société Roc et Mer dont il n'est pas établi qu'elle ne pouvait pas jouir de sa propriété avant de débuter les travaux entrepris qui la rendent actuellement inhabitables, ne démontre pas l'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L.521-1 du code de justice administrative, à suspendre la décision du 13 août 2024. Enfin, la suspension demandée aurait des conséquences irréversibles, compte tenu de la portée de l'autorisation d'urbanisme retirée au regard de la nature des travaux autorisés, alors qu'il n'appartient au juge des référés statuant en application des dispositions précitées de l'article L.521-1 du code de justice administrative, que de prendre des mesures nécessairement provisoires par nature et quant à leur portée, ne recevant effet que jusqu'à ce qu'il ait été statué par le juge du fond sur la légalité de la décision dont l'exécution est suspendue. Par suite, la requête de la société Roc et Mer ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions comme irrecevable, ensemble ses conclusions formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Roc et Mer, au profit de la commune d'Eze, une somme à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Roc et Mer est rejetée.

Article 2 : Les conclusions formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative par la commune d'Eze sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Roc et Mer et à la commune d'Eze.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

N°2404748

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