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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404815

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404815

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantMORGAN DAUDE MAGINOT - AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 août 2024 et le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Daude-Maginot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard , et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :

- le rapport de M. Ringeval, magistrat désigné ;

- et les observations de M. A.

Le préfet du Var n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 août 2024, le préfet du Var a obligé M. A, ressortissant tunisien né le 26 juin 1999, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 83-2024-069 du même jour, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A et notamment qu'il s'est vu retirer son titre de séjour le 13 février 2024, que n'ayant pas restitué sa carte de résident, il est en situation irrégulière faute d'avoir obtenu une carte de séjour temporaire d'un an et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Elle mentionne en outre que l'intéressé a précisé être célibataire mais avoir une petite amie qui serait enceinte. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Var a bien motivé sa décision en tenant compte de sa situation familiale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. A soutient qu'il est en possession d'une carte de résident valable du 22 janvier 2019 au 21 janvier 2029, est en couple depuis plusieurs années avec une ressortissante française enceinte, que l'entièreté de sa famille réside en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est en situation irrégulière depuis le 13 février 2024 où il s'est vu retirer sa carte de résident. En outre, il représente une menace pour l'ordre public en restant sur le territoire national du fait qu'il a été interpellé pour des faits de détention de stupéfiants, qu'il a été signalé pour des faits de violence sans incapacité sur conjoint concubin le 19 mai 2024, de violence avec usage ou menace d'une arme le 5 décembre 2023, d'usage illicite ou de cession de stupéfiants le 14 octobre 2022 et le 28 septembre 2022, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité le 5 juin 2022, de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui le 27 juillet 2020, qu'il a été condamné pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de rébellion le 23 mars 2021, d'usage illicite de stupéfiants le 12 juillet 2022, pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants le 17 octobre 2022 et pour usage illicite de stupéfiants le 26 octobre 2022. De même, il n'est pas contesté qu'il est sans charge de famille. Si, à cet égard, il fait valoir qu'il est en couple depuis plusieurs années avec une ressortissante française enceinte de ses oeuvres, il n'en justifie pas, alors qu'il résulte de ses propres dires qu'il est domicilié chez son père. Enfin, la circonstance que l'entièreté de sa famille réside en France ne lui ouvre pas, en soi, un droit au séjour. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons qu'évoquées au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, tenir compte des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Par ailleurs, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

8. En premier lieu, comme exposé au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté doit être écarté comme manquant en fait.

9. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle du requérant qui ont été pris en considération. La décision précise également qu'il ne fait état de l'existence d'aucune circonstance humanitaire particulière qui pourrait justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, le préfet du Var a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et le moyen tiré du défaut d'examen doivent être écartés.

10. En troisième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Copie sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 4 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

B. RINGEVALLa greffière,

signé

M-C. MASSE

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

2404815

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