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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405642

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405642

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné le recours de Mme A, ressortissante albanaise, contre un arrêté préfectoral du 17 septembre 2024 refusant son admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et prononçant une interdiction de retour de trois ans. La requérante invoquait notamment une erreur de droit au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes, considérant que le préfet ne s'était pas estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII et que la décision était suffisamment motivée et proportionnée. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité des décisions contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement au fichier SIS correspondant à la durée de l'interdiction de retour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

S'agissant de l'arrêté pris dans sa globalité :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'état de santé de son enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 611-1 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle justifie de garanties de représentation suffisantes ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte une atteinte excessive à sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 et 28 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par un mémoire en intervention enregistré le 21 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande le rejet de la requête en faisant valoir que le traitement de l'enfant de la requérante est disponible dans son pays d'origine.

Par ordonnance du 21 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2025.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 11 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mai 2025 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Almairac, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 18 juillet 1996, a sollicité, par courrier réceptionné par le préfet des Alpes-Maritimes le 16 mai 2024, son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Alpes-Maritimes a, par arrêté du 17 septembre 2024, rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A, et pris à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai avec détermination du pays de son renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice en date du 11 décembre 2024, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A, la convention internationale des droits de l'enfant et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier son article 8. Par ailleurs, l'arrêté, qui s'approprie l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 10 juillet 2024, indique notamment que si l'état de santé du fils mineur de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers ce pays d'origine. L'arrêté décrit en outre avec précision la situation personnelle, familiale, et administrative de Mme A, précise que la requérante s'est vue retirer le bénéfice de la protection subsidiaire par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 octobre 2023 en raison de la menace grave pour l'ordre public que sa présence en France constitue au regard de l'infraction commise sur le territoire, que sa demande de réexamen devant l'OFPRA a été déclarée irrecevable par décision du 19 juillet 2024 et explique le raisonnement tenu par l'autorité administrative pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, pour fixer le pays de son renvoi et pour l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Ainsi, et alors même que ces motifs ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme A, le préfet n'étant pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, une telle motivation, qui a permis à la requérante de comprendre et de contester la mesure prise à son encontre, était suffisante. En outre, cette motivation révèle que le préfet des Alpes-Maritimes s'est livré à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer () une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger () dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Dans son avis du 10 juillet 2024, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé du fils de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie et voyager sans risque vers ce pays. Il ne ressort pas des pièces médicales produites par Mme A, au vu desquelles son fils présente un syndrome de Prader Willi caractérisé, dans son cas, par une hypotonie modérée, une anorexie, une cryptorchidie bilatérale, un retard de croissance, un retard mental et une hypothyroïdie, qui nécessitent un suivi médical spécialisé en orthophonie, pédiatrie, kinésithérapie, endocrinologie et des injections d'hormones de croissance et la prise d'hormones thyroïdiennes, que cet enfant ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie. A cet égard, l'OFII a produit par une intervention au soutien de la défense un extrait de la base de données MedCOI, laquelle est mise à disposition des Etats-membres par l'agence de l'Union européenne pour l'asile, référençant les possibilités de suivi spécialisé en Albanie, aux termes duquel il apparait que le suivi et le traitement par hormones de croissances et le traitement par hormones thyroïdiennes dont nécessite la pathologie du fils de la requérante sont disponibles en Albanie. Ainsi, les éléments avancés par la requérante ne permettant pas d'infirmer l'avis du 10 juillet 2024 du collège médical de l'OFII et l'appréciation du préfet. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que le préfet des Alpes-Maritimes se serait cru, à tort, lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu ces dispositions, commis une erreur d'appréciation ni qu'il a méconnu l'étendue de sa compétence.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () . ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Mme A se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, depuis fin décembre 2018, de la présence de ses deux enfants, nés en 2017 et 2023, de la scolarisation de son aîné et de la prise en charge médicale de son cadet. Toutefois, Mme A et ses enfants se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français après le retrait du bénéfice de la protection subsidiaire prononcé par la CNDA le 17 octobre 2023 et après le rejet de la demande de réexamen par l'OFPRA par décision du 19 juillet 2024. En outre, la requérante ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle en France ni n'établit être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, rien n'empêche la poursuite de la vie familiale en Albanie, pays où le traitement adapté à l'état de santé de son cadet est disponible, ni la poursuite de la scolarité de son aîné, dont sont originaires la requérante et ses enfants. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, n'ayant par ailleurs ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme A de ses deux enfants, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante de mener une vie privée et familiale normale ni méconnu l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

9. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'admettre Mme A au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

12. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

13. D'une part, la demande de réexamen formée par l'intéressée a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juillet 2024. Dans ces conditions, en application des dispositions citées au point précédent, alors même qu'elle a introduit un recours devant la CNDA contre la décision de l'OFPRA rejetant sa demande de réexamen, Mme A ne bénéficiait plus, à la date de l'arrêté attaqué, du droit de se maintenir sur le territoire français et son éloignement pouvait donc être prononcé sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code précité. D'autre part, il résulte des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que ces dernières ne sont pas applicables aux étrangers parents d'enfants malades mais seulement aux étrangers eux-mêmes malades. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que le fils de la requérante peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 611-1 4° et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de ses enfants, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 et de l'erreur manifeste d'appréciation, à supposer que la requérante ait entendu les soulever à l'encontre de la mesure portant obligation de quitter le territoire, doivent être écartés.

15. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. D'une part, il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 6 que le retour de la famille de Mme A en Albanie n'est pas de nature à compromettre la santé de son fils cadet. D'autre part, Mme A fait valoir qu'elle encourrait des risques pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu des menaces proférées par son ancien conjoint à son encontre. Il ressort des pièces du dossier que la requérante réitère les craintes qu'elle avait exposées auprès de l'OFPRA et de la CNDA et allègue avoir subi de nouvelles violences lors de son retour en Albanie en 2023 par son conjoint. Si la CNDA lui avait accordé le bénéfice de la protection subsidiaire en raison des craintes ainsi exprimées, ce bénéfice a néanmoins été retiré par une décision de révision de la CNDA en date du 17 octobre 2023 au regard de la menace grave et actuelle pour la société française que constitue la présence de Mme A et, l'OFPRA, saisi d'une demande de réexamen par la requérante, a pris une décision d'irrecevabilité le 19 juillet 2024 au motif que les éléments versés par l'intéressée lors de sa demande de réexamen ne justifiaient pas l'octroi de la protection subsidiaire. Ainsi, et alors que la demande de réexamen de la protection subsidiaire a été rejetée par l'OFPRA, il ressort des pièces du dossier que les éléments produits par la requérante sont insuffisants pour établir la réalité des risques, actuels et personnels, de traitements inhumains ou dégradants encourus en cas de retour en Albanie. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation commise, ne sont pas fondés et doivent être écartés.

18. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision déterminant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

20. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été condamnée à 1 an et six mois d'emprisonnement par jugement du 26 février 2022 et qu'en raison de la nature et de la gravité de l'infraction commise telle que précisée par le jugement précité (participation active à un trafic de stupéfiants portant sur de la cocaïne, sur plusieurs mois et à raison de plusieurs transactions par jour à destination de nombreux consommateurs, en dehors de toute pression et de toute contrainte, et rôle déterminant occupé par l'intéressée) et de la condamnation prononcée, la CNDA lui a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire, estimant le comportement de l'intéressée comme constitutif d'une menace grave pour l'ordre public. Il résulte de l'instruction que pour ce seul motif tiré de ce que le comportement de Mme A constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision, quand bien même elle justifierait de garanties de représentation suffisantes. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas procédé à une inexacte application des dispositions précitées en refusant d'octroyer à Mme A un délai de départ volontaire.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'accorder à la requérante un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612 10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L.612 7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

24. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

25. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à Mme A un délai de départ volontaire. La requérante se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A ne justifie pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et que l'état de santé de son plus jeune enfant n'impose pas sa présence en France. La requérante n'établit, par suite, l'existence d'aucune circonstance humanitaire justifiant que le préfet n'édicte pas d'interdiction de retour. En outre, compte tenu de la menace à l'ordre public que constitue la présence de Mme A en France, au regard des faits commis et de la peine d'emprisonnement prononcée, et alors même que l'intéressée aurait bénéficié d'un aménagement de peine et qu'elle n'aurait pas réitéré depuis sa libération conditionnelle des faits répréhensibles, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, ni pris une mesure disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

26. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour d'une durée de trois ans sur le territoire français doivent être rejetées.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2024 présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Ruiz, première conseillère,

Mme Gazeau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. SoliLa greffière,

signé

C. Bertolotti

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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