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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2502687

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2502687

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2502687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantABID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a annulé une décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a retenu l'illégalité de la décision du préfet des Alpes-Maritimes pour défaut de communication des motifs, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint à l'administration de procéder au réexamen de la demande dans un délai de trois mois et de délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cette période.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 15 mai 2025, Mme B... A..., représentée par Me Abid demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans l’attente de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat, au profit de son conseil, une somme de 1.500 € en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, sa demande de communication des motifs étant restée sans réponse ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L.423-23, L.425-9 et L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.




Mme A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2026.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Chevalier, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique du 5 février 2026, Mme A... et le préfet des Alpes-Maritimes ni présents, ni représentés.



Considérant ce qui suit :


Mme A..., ressortissante béninoise née le 26 janvier 1988, a sollicité, par une demande présentée en préfecture le 20 septembre 2024, la délivrance d’un titre de séjour. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes pendant plus de quatre mois sur sa demande, conformément aux dispositions des articles R. 432-1 et R.432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Mme A... demande l’annulation pour excès de pouvoir de cette décision implicite de rejet.


2. Aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».


3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a présenté une demande de titre de séjour réceptionnée par le préfet des Alpes-Maritimes le 20 septembre 2024. Une décision implicite de rejet est née, en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes pendant plus de quatre mois sur cette demande. Mme A... a demandé au préfet, par un courrier du 6 mars 2025 dont il n’est pas contesté qu’il a été reçu en préfecture le 7 mars suivant, de lui communiquer les motifs du refus de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les motifs de cette décision de refus de séjour lui ont été communiqués. Par suite, Mme A... est fondée à soutenir que la décision contestée est illégale à défaut de communication de ses motifs par le préfet des Alpes-Maritimes.


4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour.

5. L’exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d’annulation retenu après examen de l’ensemble des moyens de la requête, par application des dispositions de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, que la demande de Mme A... soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à Mme A..., pour la durée du réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, d’assortir cette autorisation provisoire de séjour d’une autorisation de travail.

6. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre frais liés à l’instance.


D E C I D E :


Article 1err : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de titre de séjour présentée par Mme A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande de Mme A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pour la durée du réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.




Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :


M. Taormina, président,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.


La rapporteure,


signé


C. Chevalier

Le président,


signé


G. Taormina



La greffière,


signé


C. Sussen


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,






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