Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la demande de suspension en référé d'une décision implicite de refus de renouvellement d'un titre de séjour "passeport talent-salarié qualifié". Le juge a estimé que les moyens soulevés par le requérant ne créaient pas un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale. La demande d'injonction et la demande au titre des frais de procédure ont été rejetées par voie de conséquence.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 février 2026 et le 16 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Gomes Xavier, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes née le 29 juillet 2025 portant refus de renouvellement de son titre de séjour « passeport talent-salarié qualifié », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de 7 jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui remettre un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de 48 heures suivant la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable en présence d’une requête au fond dirigée contre une décision implicite de rejet de sa demande ;
- l’exception de non-lieu soulevée en défense doit être écartée dès lors que le renouvellement d’un récépissé ou une attestation de prolongation de l'instruction pour une durée supérieure au délai de 90 jours prévu à l’article R.421-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou postérieurement à l'expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus ;
- la condition tenant à l’urgence est remplie dès lors que le préfet lui refuse le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle « passeport talent-salarié qualifié » ; la décision en litige préjudice gravement à son droit à travailler et à sa liberté de circuler ;
- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
la décision en litige n’est pas motivée en dépit de sa demande de communication des motifs du 19 février 2026 ;
elle méconnaît l’article L. 421-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2026, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable en l’absence de requête au fond ; en outre il n’y pas lieu de statuer sur la requête dès lors qu’aucune décision n’a encore été prise, ni par la plateforme dédiée ni par la préfecture des Alpes-Maritimes, sur sa demande de « carte bleue européenne : passeport talent » alors que le requérant a bénéficié d’attestation de prolongation d’instruction du 5 novembre 2024 au 6 août 2025, et que lui a été délivrée une nouvelle attestation valable jusqu’au 5 juin 2026.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2601422 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 17 mars à 15h00 :
- le rapport de M. Myara, juge des référés ;
- les observations de Me Jacomino substituant Me Gomes Xavier, représentant le requérant qui reprend les moyens et arguments de la requête, le préfet des Alpes-Maritimes n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... né le 12 février 1999 à Boston (Etats-Unis), de nationalité États-unienne, est entré en France sous visa de « visiteur » afin de poursuivre des études. Il a ensuite bénéficié carte de séjour temporaire « visiteur » valable du 11 septembre 2023 au 10 septembre 2024 avant de solliciter un titre de séjour « passeport talent carte bleue européenne » par une demande enregistrée en préfecture le 30 avril 2025. Une décision implicite de rejet étant née à l’issue d’un délai de trois mois, il a sollicité le 19 février 2026, par l’intermédiaire de son conseil, la communication des motifs de ce rejet. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, de suspendre l’exécution de la décision implicite et d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui remettre, sous astreinte un document provisoire l’autorisant à travailler.
2. En l’état de l’instruction aucun des moyens invoqués par le requérant n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour attaqué.
3. Par suite les conclusions à fin de suspension présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant aux fins d’injonction et au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... et au ministre de l’intérieur.
Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 27 mars 2026.
Le juge des référés,
signé
Myara
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,