Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... qui demandait une injonction de logement d'urgence. Le juge estime que la demande est irrecevable car, la requérante ayant été reconnue prioritaire par la commission de médiation, le contentieux relève du dispositif spécifique du droit au logement opposable (article L.441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation). Par conséquent, la procédure de référé-liberté (article L.521-2 du code de justice administrative) n'est pas applicable en l'espèce.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2026, Mme A... B... demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice administrative d’ordonner au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à son logement adapté à sa situation dans un délai de 48 heures, sous astreinte.
Elle soutient que :
- il y a urgence à statuer, dès lors qu’elle est, avec son mari, sans domicile stable ;
- par décision du 9 décembre 2025, la commission de médiation des Alpes-Maritimes statuant en matière de droit au logement opposable, l’a reconnue prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement ;
- il est ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un logement décent, sa dignité et sa santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du code de justice administrative : « Art. L.521-2. - Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. Art. L.522-3. - Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ». Aux termes de l’article L.441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « II.- (…) Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu’il désigne, lorsqu’il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n’a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d’hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l’accueil dans l’une de ces structures et peut assortir son injonction d’une astreinte. (…) Lorsqu’il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son accueil dans l’une des structures mentionnées au quatrième alinéa du présent II doit être ordonné, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l’Etat en mesure de présenter ses observations en défense et clôturé l’instruction. (…) Pour les seules astreintes prononcées après le 1er janvier 2016, tant que l’astreinte n’est pas liquidée définitivement par le juge, le versement de l’astreinte au fonds est effectué deux fois par an, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l’astreinte est due en application du jugement qui l’a prononcée. (…) ». Aux termes de l’article R.778-8 du code de justice administrative : « Lorsque le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cet effet constate, d’office ou sur la saisine du requérant, que l’injonction prononcée n’a pas été exécutée, il procède à la liquidation de cette astreinte en faveur du fonds prévu par l’article L. 300-2 du code de la construction et de l’habitation. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cet effet peut statuer par ordonnance, dans les conditions prévues par le chapitre II du titre IV du livre VII du présent code, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur les modalités de l’exécution de l’injonction prononcée. / Il liquide l’astreinte en tenant compte de la période pendant laquelle, postérieurement à l’expiration du délai imparti par le jugement, l’injonction est demeurée inexécutée par le fait de l’administration. Il peut, eu égard aux circonstances de l’espèce, modérer le montant dû par l’Etat voire, à titre exceptionnel, déclarer qu’il n’y a pas lieu de liquider l’astreinte. ».
2. En définissant, à l’article L.441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, un régime d’astreinte spécifique, applicable à la procédure de mise en œuvre du droit au logement opposable, le législateur a nécessairement exclu que le juge des référés puisse être saisi à fin d’injonction dans le cadre des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice administrative. Dès lors, Mme B... ayant été reconnue, par décision du 9 décembre 2025 de la commission de médiation des Alpes-Maritimes compétente en matière de droit au logement opposable, prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement ‘’CHRS insertion’’, sa requête est irrecevable et doit, par suite, être rejetée par application de l’article L.522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 2 avril 2026.
Le juge des référés,
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.