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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2500207

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2500207

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2500207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantWANDREY STEFAN

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours contre le rejet implicite d'une demande de carte de résident déposée par une ressortissante malgache, parent d'enfants français. **Juridiction** : Tribunal Administratif de La Réunion (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que le recours est irrecevable car tardif, ayant été introduit au-delà du délai raisonnable d'un an à compter de la connaissance de la décision implicite de rejet, matérialisée par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle. **Textes appliqués** : Le tribunal s'appuie principalement sur les principes jurisprudentiels de sécurité juridique et de délai raisonnable pour exercer un recours contentieux, ainsi que sur les articles R.421-1 du code de justice administrative et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant la décision implicite de rejet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 février et 29 août 2025, Mme B... A..., représentée par Me Wandrey, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident, révélée par la remise, le 27 décembre 2024 d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 26 décembre 2026 ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de résident, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La requête a été communiquée au préfet de La Réunion qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2025.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Lebon.

Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante malgache née le 18 avril 1985 à Vatomandry (Madagascar), s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire en sa qualité de parent d’enfants français mineurs résidant en France, le 24 juin 2020, renouvelée en 2021. Le 29 avril 2022, elle s’est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d’enfants français mineurs résidant en France valable jusqu’au 28 avril 2024. Le 27 juin 2024, elle a sollicité la délivrance d’une carte de résident sur le fondement de l’article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d’annuler la décision implicite de rejet de cette demande, révélée par la remise, le 27 décembre 2024, d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 26 décembre 2026.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article R.421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». L’article L. 232-4 du même code précise que : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».

Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d’un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l’exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu’il en a eu connaissance.

Les règles, énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d’une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d’une décision implicite de rejet, lorsqu’il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d’une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu’il est établi, soit que l’intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d’une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l’administration. Le demandeur, s’il n’a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 2, dispose alors, pour saisir le juge, d’un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l’événement établissant qu’il a eu connaissance de la décision.

D’une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A... s’est vu remettre une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 26 décembre 2026 révélant le refus implicite de sa demande de carte de résident. Faute d’être assortie de la mention des voies et délais de recours, cette décision ne peut constituer le point de départ du délai de recours contentieux de deux mois fixé par l’article R. 421-1 du code de justice administrative. Mme A... disposait donc, pour saisir le juge, d’un délai raisonnable à compter du 29 décembre 2024, date à laquelle elle a eu connaissance de la décision implicite de rejet de sa demande.

D’autre part, le 30 décembre 2024, soit dans le délai raisonnable mentionné plus haut, Mme A... a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident, dont le préfet a accusé réception le 31 décembre 2024. En l’absence de réponse à cette demande, Mme A... est fondée à soutenir que la décision implicite de refus de délivrance d’une carte de résident contestée est entachée d’un défaut de motivation.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre moyen de la requête, la décision implicite de rejet de demande de carte de résident présentée par Mme A... doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

L’exécution du présent jugement implique seulement que la demande de Mme A... soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de La Réunion de procéder à ce réexamen dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Wandrey, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.


D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite de rejet de demande de carte de résident présentée par Mme A..., révélée par la remise, le 26 décembre 2024, d’une carte de séjour pluriannuelle, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de réexaminer la situation de Mme B... A... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L’Etat versera à Me Wandrey une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Wandrey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Wandrey et au préfet de La Réunion.


Délibéré après l'audience du 27 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 20 mars 2026.


La rapporteure,

L. LEBON
La présidente,

A. KHATER





La greffière,




E. POINAMBALOM





La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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