Le Tribunal administratif de La Réunion, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B... A..., ressortissant comorien. Le juge a constaté que l'intéressé avait déjà été éloigné vers les Comores, rendant sa requête sans objet. La condition d'urgence n'a pas été examinée au fond, et aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'a été retenue.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mai 2026, M. E... B... A... ayant pour avocat Me Belliard, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 11 décembre 2023, portant notamment obligation de quitter le territoire ;
2°) d’enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est placé en rétention ;
- de nationalité comorienne, né en 1989, il est arrivé régulièrement à La Réunion en 2019 et y a continument vécu depuis ; il a bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité d’étudiant ; il a validé son master 2 management et administration des entreprises en 2024 ; il est engagé dans des activités associatives ; il vit maritalement avec Mme C... D... avec laquelle il est marié religieusement depuis le 23 février 2025 ; si le tribunal a rejeté sa demande d’annulation de la décision du préfet en date du 11 décembre 2023, son état civil a été rectifié depuis lors par un acte du 31 octobre 2024 ; il dispose désormais d’un acte de naissance conforme à son passeport ; l’arrêté litigieux porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2026, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués ne peut prospérer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin, magistrat honoraire, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 29 mai 2026 à 16 heures 30 (heure de La Réunion).
Après avoir entendu, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin, juge des référés ;
- les observations de Me Belliard, qui pour le requérant précise que celui-ci a été éloigné vers les Comores, qu’informé de l’éloignement en cours et de l’escale de l’avion à l’aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi il a demandé en vain le maintien de M. B... A... sur le territoire français ; celui-ci est arrivé à La Réunion en 2019 et a suivi des études supérieures jusqu’à l’obtention d’un Master 2 management et administration des entreprises en 2024 ; il démontre son engagement associatif, culturel et humanitaire ; il vit en couple avec Mme C... D... depuis 2022 ; ils se sont mariés religieusement en début d’année 2025 ; il produit des justificatifs de vie commune ; le refus de séjour avec obligation de quitter le territoire du 11 décembre 2023 est consécutif à un imbroglio dans la modification de son état civil, résolu depuis ; compte tenu des effets excessifs de l’éloignement, l’urgence est établie ; il doit d’ailleurs soutenir un mémoire le 29 juin 2026 dans le cadre du diplôme universitaire « méthodologie en sciences de gestion » ; son avocat demande qu’il soit fait injonction aux préfets de Mayotte et de La Réunion, chacun en ce qui le concerne, d’organiser et de financer le retour de M. B... A... sur le territoire de La Réunion dans un délai de huit jours, par tous moyens.
- le préfet n’étant pas représenté.
La clôture de l’instruction a été fixée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant comorien né en 1989, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de La Réunion en date du 11 décembre 2023, en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
3. D’une part, aux termes de l’article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l’octroi d’un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l’exercice de leurs fonctions officielles ». Aux termes de l’article L. 761-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’éloignement effectif de l’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir à Mayotte : / (…) / 2° Si l’étranger a saisi le tribunal administratif d’une demande sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, avant que le juge des référés ait informé les parties de la tenue ou non d’une audience publique en application du deuxième alinéa de l’article L. 522-1 du même code, ni, si les parties ont été informées d’une telle audience, avant que le juge ait statué sur la demande ».
4. D’autre part, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
5. En l’espèce, il résulte de l’instruction que le requérant, arrivé au centre de rétention le 27 mai 2026, a déposé sa requête le 28 mai 2026, à 20 h 14 mn heure de La Réunion et a été cependant éloigné, le 29 mai 2026, par les services du SPTAF974 vers les Comores via Mayotte, sur le vol Air Austral de 7 heures au départ de la Réunion. Informé de cet éloignement, son conseil a demandé par mail du 29 mai 2026, à 8h01mn heure de La Réunion, à la préfecture de Mayotte, aux services de la PAF de Mayotte et au directeur de la police nationale de Mayotte de surseoir à l’éloignement du requérant dans l’attente de la décision du juge des référés. En vain. L’intéressé était donc encore présent sur le territoire français au moment du dépôt de sa demande en référé. Il en résulte que la mesure d’éloignement ne pouvait pas être exécutée alors que le tribunal n’avait pas encore statué sur la requête de l’intéressé.
6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, malgré la saisine du juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, l’obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre du requérant a été entièrement exécutée. Il s’ensuit que les conclusions tendant à la suspension de cette décision ont ainsi perdu leur objet en cours d’instance et il n’y a plus lieu d’y statuer. Par ailleurs, M. B... A... ne fait pas l’objet d’une interdiction du territoire. Si le requérant allègue l’urgence qu’il y a à organiser son retour en invoquant le fait qu’il doit soutenir un mémoire le 29 juin 2026 dans le cadre du diplôme universitaire « méthodologie en sciences de gestion », il ne produit pas de document de nature officielle émis par l’Université de La Réunion. Il s’ensuit que les conclusions tendant à ce qu’il soit fait injonction aux préfets de Mayotte et de La Réunion, chacun en ce qui le concerne, d’organiser et de financer son retour sur le territoire de La Réunion ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais d’instance :
7. Dans les circonstances particulières de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B... A... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l’obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de M. B... A....
Article 2 : L’Etat versera à M. B... A... la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... B... A... et au préfet de La Réunion.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre des outre-mer.
Fait à Saint-Denis, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
L. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.