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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100260

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100260

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCARLINI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, M. D E, représenté par Me Laillet, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière l'a reclassé au quatrième échelon du corps des praticiens hospitaliers à compter du 1er octobre 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2020 par lequel la directrice générale du centre national de gestion l'a promu au cinquième échelon à compter du 28 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre à la directrice générale du centre national de gestion de le reclasser " à l'échelon souhaité " en conservant son ancienneté acquise, et de procéder à la reconstitution de sa carrière, dans le délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 ;

- l'auteur de l'acte n'était pas compétent pour l'édicter ;

- l'arrêté du 12 octobre 2020 est illégal en conséquence de l'illégalité du décret du 28 septembre 2020, qui méconnaît le principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps, sans être justifié par un motif légitime, et qui est par ailleurs discriminatoire et qui porte atteinte au principe de confiance légitime ;

- il est illégal en conséquence de l'illégalité du décret du 28 décembre 2020, qui méconnaît le principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps ;

- il constitue une sanction disciplinaire d'abaissement d'échelon, lui faisant perdre quatre ans d'ancienneté.

La procédure a été régulièrement communiquée à la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2020, dans la mesure où le requérant n'a pas intérêt pour agir contre une décision qui lui est favorable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2007-704 du 4 mai 2007 ;

- le décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1743 du 28 décembre 2020 ;

- la décision n° 445031, 446862, 446939, 447078 et 450650 du Conseil d'Etat du 28 octobre 2022 ;

- la décision n° 446916, 449344, 452101 du Conseil d'Etat du 28 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 octobre 2020, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, a reclassé M. E, praticien hospitalier au centre hospitalier universitaire de Martinique, au quatrième échelon à compter du 1er octobre 2020, en application de l'article 1er du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel. Puis, par un arrêté du 9 novembre 2020, M. E a bénéficié d'un avancement au cinquième échelon à compter du 28 octobre 2020. L'intéressé a formé, contre ces décisions, un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 7 mars 2021. Par la présente requête, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les arrêtés des 12 octobre et 9 novembre 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux, et de procéder à son reclassement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2020 :

2. L'arrêté du 9 novembre 2020 portant avancement de M. E au cinquième échelon à compter du 28 octobre 2020, constitue une décision favorable pour le requérant, qui est donc dépourvu d'intérêt pour agir à son encontre, quand bien même celui-ci aspirait à relever d'un échelon supérieur. Il s'ensuit que les conclusions de M. E dirigées contre cette décision, irrecevables, doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 4 mai 2007 relatif à l'organisation et au fonctionnement du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et modifiant le code de la santé publique : " Le directeur général du centre national de gestion assure en qualité d'autorité investie du pouvoir de nomination et, au nom du ministre chargé de la santé, la gestion statutaire et le développement des ressources humaines des personnels de direction et des directeurs des soins de la fonction publique hospitalière ainsi que des praticiens hospitaliers à temps plein et à temps partiel et, à ce titre : () / 2° La nomination et les autres actes de gestion de la carrière des praticiens hospitaliers ainsi que le suivi de l'évolution des emplois et des compétences les concernant ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que Mme A C, directrice générale du centre national de gestion, était compétente pour édicter l'arrêté du 12 octobre 2020 portant reclassement de M. E. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, le décret du 28 septembre 2020 modifie la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et à temps partiel, en fusionnant, dans le cadre d'une revalorisation de ces émoluments, les quatre premiers échelons, d'une durée d'un an pour les deux premiers et deux ans pour les deux suivants, en un seul échelon d'une durée de deux ans. Ce décret définit également les conditions de reclassement des membres présents dans le corps, en prévoyant notamment, à son article 7, que les agents classés entre le premier et le troisième échelon sont reclassés, à compter de son entrée en vigueur, intervenue le 1er octobre 2020, au premier échelon de la nouvelle grille, sans que l'ancienneté acquise dans leur précédent échelon ne soit conservée, tandis que les praticiens classés au quatrième échelon sont reclassés à la même date au même premier échelon en conservant leur ancienneté acquise dans leur précédent échelon. Le décret du 28 décembre 2020 ajoute trois échelons supplémentaires au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel.

6. Il ressort, d'une part, de la décision susvisée du Conseil d'Etat du 28 octobre 2022, qui a rejeté les requêtes du Syndicat des jeunes médecins et autres tendant à l'annulation de ce décret, qu'il ne méconnaît pas le principe d'égalité. En effet, la différence de traitement, résultant de la modification apportée par le décret attaqué aux règles applicables au corps des praticiens hospitaliers, entre les agents qui ont été recrutés dans ce corps avant la date à laquelle est entrée en vigueur la modification statutaire et ceux qui ont été recrutés sous l'empire des nouvelles règles est inhérente à la succession dans le temps des règles applicables et n'est pas, par elle-même, contraire au principe d'égalité. De même, eu égard aux modalités de reclassement retenues par ce décret qui placent au même niveau d'ancienneté dans l'échelon les praticiens nommés au 1er octobre 2020 et les praticiens précédemment classés entre le premier et le troisième échelon et reclassés à cette date au même premier échelon, et qui, par ailleurs, prévoient la conservation de l'ancienneté dans l'échelon des praticiens précédemment classés au quatrième échelon et au-delà, aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps n'en résulte. Enfin, en prévoyant pour les praticiens hospitaliers qui avaient cette qualité avant sa date d'entrée en vigueur et qui ont démissionné, l'application de règles particulières de classement en cas de retour dans le corps, qui ont pour objet d'empêcher le contournement des règles qu'il pose, le décret attaqué ne méconnaît pas davantage le principe d'égalité. D'autre part, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le décret du 28 septembre 2020 traduirait une discrimination indirecte fondée sur l'âge des praticiens hospitaliers. Enfin, le principe de confiance légitime, qui fait partie des principes généraux du droit communautaire, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit communautaire, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du décret du 28 septembre 2020 doit être écarté.

7. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la violation du principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps, à l'encontre du décret du 28 décembre 2020, lequel se borne, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, à créer trois échelons supplémentaires au sommet de la grille des émoluments du corps des praticiens hospitaliers, qui permettent une revalorisation du traitement indiciaire en fin de carrière mais n'imposent aucunement une augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier d'une pension de retraite. La circonstance que les trois derniers échelons ainsi créés permettraient de bénéficier d'une pension de retraite plus avantageuse est, à cet égard, sans incidence sur la méconnaissance du principe ainsi invoqué. Elle n'est pas davantage à l'origine d'une discrimination liée à l'âge.

8. En dernier lieu, dès lors qu'il a été tenu compte de son ancienneté pour procéder à son reclassement au quatrième échelon, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires applicables, M. E ne peut sérieusement soutenir que l'arrêté contesté traduirait une sanction disciplinaire d'abaissement d'échelon illégale. Le moyen doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel la directrice générale du centre national de gestion l'a reclassé au quatrième échelon à compter du 1er octobre 2020. Ses conclusions tendant à son annulation doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. E la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

A. FLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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