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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100296

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100296

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLAIRANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 mai 2021, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon le jugement de la requête

du 20 novembre 2020 présentée par la SARL RH+ Architecture.

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 novembre 2020, 7 décembre 2021, 4 mai 2022 et 2 juin 2022, la société RH+ Architecture, représentée par Me Renaudin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM) à lui verser la somme hors taxe de 126 207,02 euros au titre du solde des prestations effectuées dans le cadre du marché de maitrise d'œuvre relatif à la construction du siège de l'agence de l'IEDOM à Saint-Pierre-et-Miquelon, augmentée des intérêts moratoires au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa rémunération doit être augmentée en raison d'un allongement anormal de la durée du chantier ;

- les états d'acompte n° 31 et n° 32 ont été payés avec retard, respectivement 105 jours et 91 jours après leur réception par l'IEDOM.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mai 2021 et 24 mai 2022, l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM), représenté par Me Béjot et Me Ferré, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et, subsidiairement, qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un marché public notifié en 2012, l'IEDOM a confié à un groupement d'entreprises, dont la société RH+ Architecture était le mandataire, la maitrise d'œuvre pour l'opération de construction de son agence de Saint-Pierre-et-Miquelon. La durée prévisionnelle des travaux, initialement de cinq ans, a été portée à six ans par un avenant n° 2 conclu en juin 2014. Par un quatrième avenant, conclu en août 2017, la rémunération du maître d'œuvre, s'élevant à 584 310 euros dans l'acte d'engagement, a été portée à 713 208 euros. Par des courriers des 14 décembre 2017, 27 avril 2018, 10 octobre 2018, 16 janvier 2019 et 13 septembre 2019, la société RH+ Architecture a demandé à l'IEDOM une augmentation de sa rémunération compte tenu de l'allongement de la durée du chantier, la réception des travaux n'ayant eu lieu qu'en juillet 2018. Par un mémoire en réclamation du 30 juillet 2020, la société RH+ Architecture a sollicité le versement, au bénéfice du groupement de maitrise d'œuvre, la somme de 126 207 euros. Cette demande a été rejetée par l'IEDOM par un courrier du 7 octobre 2020. Par la présente requête, la société RH+ Architecture demande la condamnation de l'IEDOM à verser au groupement de maitrise d'œuvre la somme de 126 207 euros.

Sur les conclusions tendant à la fixation du solde du marché de maitrise d'œuvre :

2. Aux termes de l'article 7 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, en vigueur à la date de signature du marché : " La mission de maîtrise d'œuvre que le maître de l'ouvrage peut confier à une personne de droit privé ou à un groupement de personnes de droit privé doit permettre d'apporter une réponse architecturale, technique et économique au programme mentionné à l'article 2. Pour la réalisation d'un ouvrage, la mission de maîtrise d'œuvre est distincte de celle d'entrepreneur. Le maître de l'ouvrage peut confier au maître d'œuvre tout ou partie des éléments de conception et d'assistance suivants : () 8° L'assistance portée au maître de l'ouvrage lors de opérations de réception et pendant la période de garantie de parfait achèvement () ". Aux termes de l'article 11 du décret du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé, alors en vigueur : " L'assistance portée au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception et pendant la période de garantie de parfait achèvement a pour objet : / a) d'organiser les opérations préalables à la réception des travaux ; / b) d'assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception des travaux jusqu'à leur levée ; / c) de procéder à l'examen des désordres signalés par le maître de l'ouvrage () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 9.4 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de maîtrise d'œuvre : " La mission du maître d'œuvre s'achève à la fin de la " garantie de parfait achèvement" (prévue à l'article 44.1 du CCAG applicable aux marchés de travaux) éventuellement prolongée si les réserves signalées lors de la réception ne sont pas toutes levées ou s'il n'a pas été remédié à tous les désordres apparus postérieurement. Dans cette hypothèse, l'achèvement de la mission intervient lors du constat que la dernière réserve a été levée et qu'il a été remédié au dernier désordre ". Aux termes de l'article 4.3 de ce même CCAP : " Après l'achèvement de sa mission, le maître d'œuvre adresse au conducteur d'opération une demande de paiement du solde sous forme d'une demande de paiement finale. ".

4. Selon les dispositions et les stipulations précitées, la mission du maître d'œuvre ne peut être regardée comme achevée tant que les réserves émises lors de la réception des travaux n'ont pas toutes été levées et tant que le délai de la garantie de parfait achèvement n'est pas arrivé à terme. Il appartient à la maîtrise d'œuvre d'attendre la fin de sa mission pour adresser au conducteur d'opération le projet de décompte final tendant à la fixation du solde du marché, avant de saisir, le cas échéant, la juridiction administrative.

5. En l'espèce, par son courrier du 30 juillet 2020, intitulé " mémoire en réclamation ", la société RH+ Architecture, qui demande l'inscription de la somme de 126 702 euros au projet de décompte final, doit être regardée comme présentant au maitre de l'ouvrage sa demande de paiement final, en application de l'article 4.3 du cahier des clauses administratives particulières du marché, ainsi qu'elle l'avait d'ailleurs annoncé dans son précédent courrier du 13 septembre 2019. Or, bien que la date d'achèvement des travaux avait été fixée au 16 juillet 2018, il est constant que le délai de garantie de parfait achèvement a été prolongé par le maître de l'ouvrage jusqu'à la levée des dernières réserves. Celles-ci étaient encore nombreuses le 25 mars 2019, date à laquelle a été établi un constat de levée de réserves. Il est constant que, dès lors que toutes les réserves n'avaient pas été levées, le délai de garantie de parfait achèvement n'était pas arrivé à terme, ni le 30 juillet 2020, date de la demande de paiement de la société RH+ Architecture, ni le 7 octobre 2020, date du refus opposé à cette demande. Dès lors, la société RH+ Architecture n'est pas fondée à solliciter la condamnation de l'IEDOM à lui verser la somme qu'elle demande dans le cadre de la fixation du solde de son marché de maîtrise d'œuvre. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société RH + Architecture au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société RH + Architecture la somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société RH+ Architecture est rejetée.

Article 2 : La société RH+ Architecture versera à l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL RH+ Architecture et à l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer.

Copie en sera délivrée au ministre délégué aux outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wallerich, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

M. B

La greffière,

S. Demontreux

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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